Tamedia et Neo Advertising, les liaisons dangereuses.

La pieuvre Tamedia est en train de racheter la société d’affichage Neo Advertising. Les transactions semblent déjà finies et ielles attendent seulement l’autorisation de la commission fédérale de la concurrence. C’est une grosse prise pour Tamedia, qui accroit encore un peu plus sa capacité de nuisance publicitaire. Pourtant, hormis quelques journaux économiques tel que Bilan et l’Agefi (qui ont repris le communiqué des deux entreprises) aucun média n’en a parlé jusqu’à aujourd’hui … Est-ce parce qu’ils appartiennent désormais tous à Tamedia ?

«Nous voulons proposer à nos clients des solutions publicitaires complètes auprès d’un seul prestataire. Avec son approche out-of-home innovante, Neo Advertising représente donc le complément parfait pour Tamedia Advertising.»
                                                     Christoph Tonini, CEO Tamedia

Une petite présentation des acteurs

Le groupe genevois Neo Advertising, fondé en 2003 par Christian Vaglio-Giors (par ailleurs pilote de courses automobile), est aujourd’hui la troisième plus grosse société d’affichage publicitaire de Suisse (1). Il est très difficile d’avoir des informations sur cette entreprise ailleurs que sur son propre site internet, où elle communique très peu de choses.
Neo Advertising a remporté en 2017 deux très gros marchés: la quasi-totalité des affiches de Genève et une part conséquente de celles de Zurich. Un détail croustillant: Neo Advertising a « remporté le marché genevois » grâce au fait qu’ielles proposaient de rouler en voiture électrique. En effet, l’entreprise s’est dotée cet été d’un « code de durabilité » bidon (ça et ça) sur lequel nous reviendrons certainement dans un prochain article.

Tamedia de son côté, est le plus grand groupe de presse privé de suisse. Fondé en 1893, il est détenu aux trois quarts par la famille zurichoise Coninx (2), comptant plusieurs milliardaires. En Suisse romande, Tamedia a racheté notamment La tribune de Genève, Le Matin et Le Matin Dimanche, 24 heures, 20 minutes, Bilan, GHI, Femina, Signé Genève… C’est une belle entreprise qui fait régulièrement des plans de licenciements dans ses journaux, dont le dernier en date a abouti au regroupement des rédactions de 20 minutes et du Matin, ainsi qu’à celles de 24 Heures, Le Matin Dimanche et La Tribune de Genève (3). De plus, Tamedia détient diverses entreprises, de Doodle.com à Ricardo.ch (4)

Une concentration croissante 

Tout d’abord, un peu d’histoire:

«Avant le milieu du XIXe siècle, les journaux étaient financé par leurs lecteurs et leurs rédacteurs. Il ne s’agissait pas de faire du profit, mais de se constituer en contre-pouvoir face à l’omnipotence monarchique. En 1836, Emile de Girardin inaugure la pratique fondatrice de la presse de masse moderne. Il introduit des annonces payantes à la fin de son journal afin d’en diminuer le prix de vente, donc de toucher un lectorat plus large, donc d’attirer plus de réclame et ainsi de suite. Cette pratique s’est généralisée, et aujourd’hui la plupart des journaux dépendent à 50% de la publicité, certains en vivent exclusivement, comme ces journaux «gratuits» dont la seule fonction est de la diffuser auprès d’un public élargi.»
                                       De la misère humaine en milieu publicitaire
                                            Groupe Marcuse - Edition La Découverte
                                                                           Page 94

En suisse, aujourd’hui, la publicité dans la presse pèse pour 20% des recettes publicitaires nettes totales, c’est à dire plus d’un 1,2 milliard par an. Cette publicité est gérée par de grosses régies, comme celles de Tamedia ou de Ringier-SSR, qui sont devenues des acteurs majeurs du système publicitaire. La volonté de Tamedia de racheter Neo Advertising, s’inscrit dans un mouvement de convergence des différents pôles publicitaires. Cela permettrait aux entreprises de mener des campagnes de publicité très large à travers une seul régie, à la fois dans la presse, sur internet, dans la rue… Est-ce qu’à terme tout les supports publicitaires serons gérés par un seul groupe ? Cette centralisation des divers empires publicitaires nous inquiète beaucoup.

De plus, ce rachat renforce encore les liens entre le monde médiatique et le monde publicitaire. L’indépendance de l’information et du débat médiatique sont fortement compromis par la dépendance de la presse à la publicité. Plus les liens entre ces deux mondes sont forts, plus seront présents les phénomènes tels que l’autocensure, le placement de produit, le « publireportage ». Et plus sera difficile pour les journalistes la critique des firmes achetant de la publicité dans leurs pages. C’est pour cette raison entre autre qu’un journal indépendant comme le Canard Enchainé n’accepte aucun encart publicitaire. Les journalistes opposeront d’autant moins de résistance à ces logiques qu’ils sont précarisé-e-s par la menace des licenciements, lors des « restructurations » imposées par Tamedia et Ringier. Ce rachat va donc contribuer à la perte de qualité des médias de masse.

Enfin, la publicité et les médias de masse sont aujourd’hui les deux principaux vecteurs de la « fabrication du consentement » à l’idéologie néolibérale et aux stratégies des entreprises. Leur réunion et leur concentration ne peut être que de mauvais augure pour les personnes qui s’opposent à cette idéologie.

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