Notre « morne » trajet quotidien a-t-il besoin d’etre rendu incroyable?

Cette affiche, aperçue dans une station de métro lausannoise, interpelle sur le rapport à la réalité qu’elle cherche à nous suggérer.

Elle utilise comme base un ressenti qui peut nous arriver à tou-te-s  : celui de s’ennuyer, que l’on perd son temps à cause des déplacements en metro. Cet annonceur semble donc nous donner une solution : combler notre ennui grâce à un service de streaming disponible en tout temps et en tous lieux. Sur le papier, l’idée semble donc être géniale. Mais il faut cependant regarder de plus près ce que cette réclame révèle sur nous et notre société.

Premièrement, il s’agit de comprendre sur quels mécanismes s’appuie l’annonceur. Celui-ci fait un usage pertinent du lieu d’affichage (une station de métro) pour capturer notre attention vacante et lui proposer une occupation, justement ! Sur cette base, une certaine complicité peut alors se former alors entre le passant et l’affiche, comme tous deux reconnaissent l’ennui qu’est le trajet de métro. Il va donc nous sembler sensé d’adhérer au programme proposé par l’annonceur, comme on le ferait du conseil d’un ami! Mais ce faisant, nous nous reconnaissons dans une identité passive de consommateur. Nous acceptons qu’une entreprise de divertissement vienne nous consoler d’un inconvénient inévitable de la vie (le trajet en métro).

Cette position devient vraiment problématique lorsqu’on s’intéresse à notre comportement en rapport a cette consommation. Nous souhaitons remplacer le banal trajet en métro par un incroyable fantaise, le duel de super-héros. Mais si notre trajet de métro doit à chaque fois etre un duel de super-heros pour devenir supportable, comment est-ce que nous ferions sans ces divertissements? Il semble alors que nous n’avons plus vraiment de choix, comme le laissait pourtant supposer cette inoffensive affiche… Et que se passera-t-il au moment ou nous aurons consommé toutes les séries proposées? Est-ce que nous n’en deviendrions pas a force lassé? Nous pourrions plutôt prendre le temps d’apprécier ces divertissements chez soi, du début a la fin plutot que par fragments entre chaque changement de transports publics. Et nous laisser le temps de réfléchir au message que ces oeuvres veulent véhiculer.

Ce qui dérange donc avec une telle affiche, c’est qu’elle nous impose, l’espace d’un instant, l’idée que le trajet en métro doit être occupé par regarder son ecran de smartphone. Si l’on s’y soumet, on perd rapidement notre liberté de choix et l’on risque de consommer toujours plus de divertissment pour palier à l’ennui. Et ce, sans nécessairement parvenir à tromper l’ennui sur long terme.

Heureusement, il semble possible de recourir à plein d’autres méthodes pour occuper ses trajets! Le métro n’est-il pas plein de gens qui ont aussi une histoire, et si celle si n’est pas racontée, il reste possible de l’imaginer? Il est aussi possible de profiter de ce moment de « vide » pour mettre de l’ordre dans ses pensées, se préparer à la journee. Ou encore, pourquoi ne pas profiter du déplacement en le faisant a vélo, ce qui nous fait notre exercice de la journée…

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