Inégalités – analyse

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Table des matières : Accès aux moyens de la publicité. —Clef d’accès aux privilèges. — Animaux non-humains. — Sexisme. — Ego et ethnocentrisme. — Bibliographie. — Glossaire.

 

Accès à la publicité

Le système publicitaire suisse est un système en expansion profondément inégalitaire. La publicité s’étend et puisqu’elle agit toujours au service d’un individu ou d’un groupe d’intérêt, en s’étendant, elle étend donc aussi simultanément la présence et le pouvoir d’une minorité au dépend du reste de la communauté. Or, cette expansion n’est presque jamais proposée, documentée ou expliquée aux habitants. Les modalités de cette expansion ne sont pas analysées dans les écoles. Personne n’enseigne aux élèves comment se protéger contre ces dangers. En d’autres termes, l’expansion de la publicité est imposée. Doit-on s’étonner que nous la percevions comme l’expression de l’asymétrie de notre société et comme une forme d’agression ?

Paradoxalement, il arrive que l’expansion publicitaire n’accède pas à la conscience. On la croise dans la rue. On l’ignore dans un passage sous voie. On peut passer une vie à fréquenter la réclame et subir son empire sans s’en rendre compte. « Les gens ne sont pas dupes, rétorquent souvent les outrecuidants publicitaires ». Et pourtant, avant de savoir lire, un enfant reconnaît jusqu’à septante logos ; à dix ans, ce nombre passe à quatre cents. A titre de comparaison, en ballade dans la forêt, un enfant du même âge ne reconnaît qu’une trentaine d’espèces végétales. Avec une telle force de frappe, n’est-on pas obligé de parler d’empire et d’arsenal de persuasion ? En Suisse, le budget de la publicité atteint 4,7 milliards de francs, ce qui est presque autant que celui de l’armée. Les recettes des publicitaires pour les seuls panneaux d’affichage se montent à 420 millions de francs. L’immense majorité de ces panneaux appartient à une entreprise — la Société générale d’affichage — qui entretient de longue date sa situation de monopole grâce à des contrats signés avec un pouvoir exécutif communal naïf voire complice et obscurantiste. [1]Ainsi, en novembre 2016, la commune de Lutry a refusé de fournir le contrat qui la lie à la SGA alors qu’il est prévu par la loi cantonale sur l’information (Linfo) que soit garantie « la transparence des activités des autorités afin de favoriser la libre formation de l’opinion publique ». Dans ce contexte, comment parler de liberté d’expression ? Qui se sert de cette liberté d’expression ? Ce sont les sociétés de la grande distribution, les grandes industries textiles. Ce n’est pas le boulanger du coin ou l’artisan du quartier. Ne peut-on pas trouver d’autres usages pour ces espaces ? d’autres messages que les injonctions à la consommation d’une minorité de cyniques et d’égoïstes ?

Animaux non-humains et sexisme

Lorsque le rapport avec le monde et les être vivants passe par l’acte d’achat, on parle de marchandisation. Cette marchandisation peut se décliner sous plusieurs formes. Les plus communes concernent la femme et les animaux non-humains. C’est le sexisme et le spécisme.

Ainsi, le publispecisme et le publisexisme désignent la rencontre entre deux problèmes de la société contemporaine : le matraquage publicitaire et le spécisme.

Réclame d’agriculture.ch sabotée par un groupe antispéciste

« Consomme-moi » : c’est cet annonce suicidaire qui inspire et résume la pensée des publicitaires derrière chaque cas de publisexisme ou publispécisme. Tout l’enjeu consiste à réduire les femmes et les animaux d’élevage à de simples corps apprêtés, disponibles, consentants.

Ces représentations ne sont pas des cas isolés mais se retrouvent au contraire de façon systématique. [2]voir par exemple  http://caroljadams.com/examples-of-spom/ et http://publispeciesism.tumblr.com/responses C’est qu’elles sont en réalité la traduction idéologique de rapports sociaux matériels, l’une des expressions violentes et quotidiennes de l’appropriation des « animaux d’élevage » par les êtres humains. L’expression de l’esclavage des animaux, par d’autres animaux, les hommes.

Le publispécisme (tout comme le publisexisme) est donc important du fait qu’il rend visible la forme mentale que prennent certains rapports sociaux, principalement ceux d’appropriation et d’exploitation. La façon dont les animaux sont représentés dans la publicité n’est jamais anodine. Cette publicité constitue par exemple un cas d’école de carnosexisme, par la mise en scène d’une truie érotisée, au clin d’œil aguicheur.

C’est sur le dos des autres animaux, mais aussi des femmes que Pâté d’Cochonne a commis cette publicité. Cette dernière n’est certes « que » le reflet idéologique de rapports sociaux qui lui pré-existent. Il n’empêche que ce type de représentation tend à légitimer et perpétuer les rapports sociaux inégalitaires et oppressifs qui l’ont produit, à savoir ici spécisme et sexisme.

L’inexistence des autres animaux en tant que sujets est corollaire au fait que ces derniers sont perçus, et utilisés concrètement comme des marchandises.

Cette utilisation, qui correspond à l’appropriation de leur corps et de leurs productions, n’est pas fortuite ou exceptionnelle ; elle est au contraire légitimée par un arsenal juridique spéciste qui entérine le fait que certaines espèces animales sont des propriétés matérielles dont on peut librement disposer.

« Les animaux non humains sont systématiquement représentés comme des outils, des moyens au service d’une fin qui leur est extérieure ; la valeur de leur existence se réduit à leur capacité de production. Bien que chaque animal soit un individu unique, avec une expérience subjective du monde qui lui est propre, la publicité les dés-individualise en les renvoyant à une essence d’animal-objet, sorte d’abstraction inerte, passive et sans intérêts particuliers. »

 

Dans nos sociétés, notre rapport aux animaux est basé sur le spécisme. Par analogie avec le racisme et le sexisme, le spécisme désigne l’idéologie qui considère que la vie et les intérêts des animaux peuvent être méprisés simplement parce qu’ils sont d’une autre espèce. Le spécisme est indéfendable car les humains ne sont pas les seuls à ressentir des émotions et pour cette raison nous devons respecter la vie et les intérêts des autres êtres sensibles qui partagent cette planète.

Des injustices du passé ont été abolies ou réduites, comme l’esclavage ou le statut inférieur assigné aux femmes. Elles aussi étaient ancrées dans la conscience collective au point qu‘on les croyait éternelles. Mais l’histoire a montré le contraire. On peut facilement imaginer qu‘un jour les abattoirs seront considérés comme un symbole de barbarie. Nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à refuser l‘injustice envers les animaux, qui devient l‘un des débats de société les plus importants de notre siècle.

La Journée Mondiale pour la Fin du Spécisme se donne pour but de dénoncer l’idéologie injuste qui rend possible cette barbarie.

CAMPAGNE SUISSE hivers 2016-2017 et sur site d’agriculteurs.ch

courriel des antispécistes et photographies prises à gare gve

L’association Féminista a réalisé un dossier qui montre l’aliénation de la femme par la publicité en Suisse.

 

  • Articles de l’Emilie sur le publisexisme

 

8. Autres dangers qui restent à traiter : environnement, ethnocentrisme.

 

Glossaire et bibliographie

Notes   [ + ]

1. Ainsi, en novembre 2016, la commune de Lutry a refusé de fournir le contrat qui la lie à la SGA alors qu’il est prévu par la loi cantonale sur l’information (Linfo) que soit garantie « la transparence des activités des autorités afin de favoriser la libre formation de l’opinion publique ».
2. voir par exemple  http://caroljadams.com/examples-of-spom/ et http://publispeciesism.tumblr.com/responses