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Le Grand Sommateur : « On se dit tout »

La pub, c’est comme tout : c’est de l’information. Et l’information, c’est franc, c’est clair, c’est utile. Ça profite à tous. Une fois que les blaireaux passants auront compris ça, on pourra leur refourguer absolument n’importe quoi. C’est vrai que la pub a mauvaise presse de nos jours, les gens croient qu’on leur mens, mais après tout on est seulement là pour les informer. On essaie d’être clairs dans nos messages.

Prenez la banque Cler, par exemple : en voilà une qui n’a pas peur de la franchise sur cette nouvelle affiche. « Nous attendons d’une publicité qu’elle soit profitable. Pour vous aussi. » Un message aussi clair et pur que son bleu d’eau minérale, et pour que vous en profitiez aussi (vous, passant innocent alpagué par cette affiche), Cler vous offre aussi un article à télécharger directement sur votre smartphone, là, juste sur cette affiche. Un article de NZZ Folio, dans trois des langues nationales, sur le thème du juste salaire, et bien sûr c’est GRATUIT. Enfin, gratuit si vous donnez en échange votre adresse email, qui sera stockée dans une base de donnée quelque part. Tout est information, on vous dit. Les conditions générales que vous devez accepter, elles, ne sont disponibles qu’en allemand.

L’information est toujours neutre, bien entendu. D’ailleurs, allons plus loin dans la clarté, il faut que tout ça soit profitable (pour vous aussi). C’est pour ça qu’on s’adresse à vous directement. Vous aviez probablement d’autres choses en tête, ce n’est pas de votre faute si vous passiez par là, mais cette affiche qui vous promet que vous allez y gagner en interagissant avec elle, ce serait idiot de l’ignorer, non ? Vous y gagnerez certainement plus qu’en interagissant avec le type qui fait la manche juste à côté, même s’il n’est pas en papier, lui. Et on vous donne quelque chose, en plus, de la presse de qualité, ce qui se fait rare, de nos jours. Et puis on vous parle du « juste salaire », donc de vos sous, donc ça vous intéresse forcément. Et ça, ce n’est que le début. On vous prépare une suite, une affiche publicitaire d’une total transparence.

Parlons des frais bancaires, de ce que vous devrez débourser pour ouvrir un compte, posséder une carte de crédit. (Seulement CHF 1 par mois, mais seulement si vous avez beaucoup de sous sur votre compte. Si vous êtes pauvre, faudra débourser plus.)

Parlons de la Super Card, parce que la banque Cler, en partenariat avec Coop, vous permet de bénéficier de ce grand succès de la surveillance des consommateurs (et vous encourage à aller faire vos courses au supermarché, plutôt qu’au marché tout court.)

Parlons des fonds de placement. De quelles entreprises sont financées par vos économies, et de ce qu’elles font de cet argent. Des causes nobles, à n’en pas douter. (D’ailleurs, soyons juste, la banque Cler propose des fonds basés sur le développement durable. Ce n’est pas parce qu’on est une banque bleue qu’on ne va pas faire dans le « green washing ».)

Et quand on aura parlé de tout ça, vous aurez passé une bonne heure devant notre affiche, et vous aurez raté votre bus. Mais on vous aura convaincu que vos sous serons mieux chez nous qu’ailleurs. Et ça, que vous en profitiez ou non, c’est finalement la seule chose qui nous intéresse vraiment.

Le Grand Sommateur : «Tout est bon dans le béton»

Au CLIP, on est toujours curieux des armes de nos adversaires. C’est pourquoi nous avons demandé à un grand pubeux de nous expliquer la façon dont on travaille, quand on doit vendre un truc qui n’est pas forcément très sexy. Paroles d’expert…

«Nous avions essayé le soda rouge qui vire au vert, mais la stevia n’a pas convaincu, puis le fast-food rouge repeint «nature» avec des grenouilles sur le papier, et là, grand succès, ces boffiauds avaient gobé le hambourgueur avec la couleuvre, tout dans le même sac, incapables de faire la différence. Forcément, ça cale une réputation. On nous contacte sans arrêt depuis. Il y a des mandats plus difficiles que d’autres, mais globalement on s’en sort bien. Le dernier en date était carrément compliqué. Il fallait tourner le béton en matériau vert, une tâche d’alchimistes.

Le gris des cités, des ponts, des tours, même quand la mousse y pousse, c’est souvent grisâtre, mais les défis, ça nous connaît. On a dit aux clients, pas de souci, vous voulez que le béton soit vert, vous vous êtes adressés aux bons, on va lui refaire une beauté. On s’est un peu creusé la tête et on s’est dit, au temps du marketing décomplexé, on va jouer le tout pour le tout : un label «nature» et un message clair, «Le béton, le choix de l’écologie». Ça sonne, hein ? En allemand, c’est encore plus cash : «Betonprodukte sind ökologish.» Une tension au début, un verbe être bien placé, une solution contrefactuelle mais ingénieusement apposée à la fin, binaire, logique. Et il faut voir l’image qui va avec : à gauche et à droite, les montagnes, les forêts, et au centre, un glacier avec un fondu naturel vers des pavés en béton. Tout coule de source. La classe.

Bien sûr, l’affiche n’est que le fer-de-lance de la campagne. Derrière, il a fallu argumenter. A première vue, les chiffres ne parlaient pas en notre faveur. Cuire le calcaire et l’argile à 1500°C pour en faire du ciment, c’est écologique, mais de manière contre-intuitive. On aurait tendance à voir d’abord que le ciment est responsable de 5% des gaz à effet de serre, dont une moitié provient du combustible pour chauffer la pierre et l’autre moitié de la décarbonatation du calcaire directement dans l’atmosphère, soit un total d’environ 650kg d’équivalent CO2 par tonne de ciment dans les pays où on travaille sur l’efficience énergétique et 950kg par tonne dans les pays moins développés comme les États-Unis. On n’allait pas faire grand-chose avec ça.

Alors on s’est concentré sur ce qui rime avec écologique et on a trouvé : local. Commençons par parler de la Suisse aux Suisses. En moyenne, ici, il doit y avoir quoi, une centaine de kilomètres entre une cimenterie et les clients. C’était pas mal, mais quand-même trop. Puis Rufus a dit : Eh, mais nos usines, elles sont proches des cimenteries. Utilisons ça comme chiffre : quatre kilomètres, c’est la distance moyenne entre nos gravières et nos usines, on n’y verra que du feu, ou plutôt que de la forêt pour parler vert. Le génie ! Prendre un chiffre au bol, tant qu’il est petit, et l’utiliser pour dire que c’est local. On pourrait le réutiliser pour vendre partout dans le monde du bois d’Amazonie, où les scieries sont en général proches de la forêt, ou du courant nucléaire provenant d’usines construites directement au bord de l’eau, en symbiose avec la nature qui coule paisiblement à côté : local, bucolique, les moulins, les collines, Mühleberg et les glaciers avec nos pavés au milieu. On tenait le concept de la transition verte déclinable à l’infini : ce qui est proche est local, et ce qui est local est écologique : il n’y a plus qu’à trouver deux trucs proches et à en faire un chiffre pour la preuve.

Mais les chiffres, c’est comme les voitures, si t’en as pas deux ou trois, ça fait pauvre. C’est à ce moment là qu’on a eu une idée de génie : qu’est-ce qu’il y a de plus polluant que le béton ? Et là bingo ! On n’a eu qu’à ressortir les vieux dossiers. Mühleberg, justement, pensait se lancer dans une ligne de pavés de recyclage qui avaient l’avantage d’éviter de creuser des trous dans le Jura pour se débarrasser des déchets. Devinez quoi, malgré le recyclage, le béton est gagnant ! Il y avait aussi Exxon et BP, qui nous avaient déjà commandé des études sur le pétrole vert comme on le trouve dans la nature en Alaska ou dans le Golfe du Mexique, du coup on avait les chiffres : leurs revêtements en pétrole étaient bons à exploiter, mais plus polluants. Et leur asphalte n’était pas mieux. Donc il suffirait de faire un diagramme entre béton, asphalte et déchets nucléaires pour constater l’évidence : «Les produits en béton, le choix de l’écologie».

Vu que des cailloux, il y en a partout, le monde entier pourrait profiter de notre expérience. On pourrait s’associer au numéro un mondial qui profiterait aussi du gag, le groupe franco-suisse qui va rapatrier ici à Saint-Gall les profits faits en Syrie avec Daech, vu que les impôts sont moins chers en Suisse : purement local. On peut faire partout du ciment avec de l’argent propre garanti Swissmade dans le monde entier. Nos clients pourraient être contents de voir les murs en torchis et les pavés de ceux qui se contentent encore de l’argile ou de la pierre crue comme des sauvages, remplacés par des murs ou des pavés en pierre cuite, bien meilleure pour la digestion, donc plus écologique. Ils pourraient même nous acheter le recyclage de leurs murs ou de leurs pavés crus ; on pourrait les leur cuire et les leur revendre en sac de 25 kilos. Un marché mondial pour des entreprises locales : la magie de la mondialisation à portée de la Suisse !

Avec une belle peinture verte et bleue, les blaireaux n’y remarqueraient rien. Et les pubs d’à côté viendraient parfois nous donner un bon coup de main pour rassurer le monde que nous sommes sur la bonne voie. Exemple à quelques pas de l’EPFL : «Les produits en béton, le choix de l’écologie», et à côté, «N’aie pas peur», signé La Bible. Qu’ils ne craignent rien, le monde est en de bonnes mains.»

Fausse transparence dans une campagne publicitaire pour une banque

Une entreprise active dans le domaine bancaire a fait placé dernièrement ses affiches attirant fortement le regard. Lancée dans le cadre du changement de nom de ladite banque, cette campagne veut jouer la carte de la transparence. Ainsi apprend-on  le prix exact qu’à coûté une telle affiche, et que le but de celle-ci est de faire connaître la banque. Ce message marque car il profite d’un effet d’inédit, les autres annonceurs n’ayant pas recours à une communication aussi « ouverte »[1]La visibilité du message est par ailleurs renforcée par le fond uni, d’une couleur bleue inspirant la confiance, et le choix d’une police d’écriture de grande taille.. Mais est-ce que les informations communiquées nous importent vraiment?

Connaître le prix d’une affiche donnée nous est finalement assez égal. Alors pourquoi divulguer cette information? Parce que, en le faisant, la banque espère inspirer une image de confiance. En effet, si elle est prête à révéler aussi ouvertement le but et le coût de sa campagne, on pourrait penser qu’elle est également prête à nous communiquer toutes les conditions lorsque l’on ouvre un compte chez elle. Le problème, c’est que ce n’est pas la même chose de divulguer le coût d’une affiche, une information finalement bien anodine, que d’être véritablement transparent. Il n’est pas mentionné ce qui est fait de l’argent des clients par exemple, ce qui serait plus intéressant.

Bien sûr, on aurait de la peine à imaginer une campagne publicitaire donnant des informations détaillées sur toutes les conditions lors d’une hypothèque. C’est bien là que la publicité atteint sa limite : elle est un moyen pour faire connaître, pas pour informer véritablement. Si on veut savoir comment une hypothèque se passe avec cet établissement bancaire, il nous reste à visiter une succursale et à en faire l’expérience, ou à écouter l’avis d’autres personnes. La confiance ne peut-pas être instaurée par une campagne publicitaire, c’est seulement l’idée que cet établissement peut-être de confiance qui nous est suggérée. Voilà pourquoi ce genre d’affiches dérange : parce qu’elle veut faire passer un message qui ne dit rien sur comment les choses se passent vraiment dans la réalité.

En annonçant ouvertement l’objectif de l’affiche, l’usage de la publicité en devient banalisé et légitimé.

Alors pourquoi recourir à une campagne publicitaire? Il s’agit peut-être bien du seul moyen pour une compagnie de grande taille d’obtenir des clients et d’obtenir les résultats financiers nécessaires à sa survie. C’est un mal nécessaire diront certains… Toujours est-il que l’opération marketing lancée ici pourrait avoir l’effet inverse. En effet, comment peut-on se sentir confiant d’une compagnie qui révèle ouvertement vouloir nous manipuler pour devenir ses clients?  Comment se sentir proche d’une banque qui change son nom et perd la familiarité avec elle qu’avaient les clients d’avant? La démarche de changer de nom est  assez hautaine. Qu’est-ce que va en dire tout un chacun?  Qu’ « ils » ont pensé que c’était bien pour eux, mais que nous on s’en fout. Au final, devant un tel message envoyé par la banque, je n’hésiterais pas à en changer pour une concurrent, dès que les conditions semblent plus avantageuses ailleurs, selon une autre campagne publicitaire.

Une imagerie inspirée du film d’horreur est utilisée pour déranger, et ainsi mieux faire passer un message dont la validité est tout à fait discutable…

Une visite sur le site de la nouvelle entité montre bien qu’il s’agit de présenter essentiellement une « belle » vitrine. Toutes les qualités biens vues sont présentées : social et compatible avec l’environnement, égalité des salaires entre femmes et hommes [2]Cependant, il n’es pas fait mention du montant des salaires, ce qui serait une pratique transparente., collaboration avec les coopératives et syndicats… La campagne publicitaire se centre autour du slogan « il est temps de parler d’argent ». Des situations de vie quotidienne, tournant autour des difficultés à parler d’argent ,sont mises en scène dans des clips vidéos. Par là, la banque décide pour nous que nous ne sommes pas suffisamment capables d’aborder la question de l’argent dans notre vie de tous les jours. Pourtant, comment les employés de la banque pourrait nous aider à régler ces situations? Le message du slogan est donc autre : il est temps de s’occuper de votre argent et nous pouvons vous aider en cela. Le but de ces clips est donc juste de présenter des situations qui peuvent se relier à un évènement que l’on a vécu par le passé, pour que l’on se sente concerné par le message. Pour donner du sérieux à la campagne, des études scientifiques sont mentionnées. Ainsi apprend-on que « Des chercheurs de l’université d’Harvard affirment que seules de bonnes relations sociales garantissent le bonheur et l’épanouissement. » Les résultats de ces études sont cependant systématiquement écartés comme « ce n’est qu’un point de vue parmi tant d’autres. Voilà pourquoi il est important de parler d’argent. »

L’avis présenté ici n’étant également qu’un parmi tant d’autres, il est donc certainement temps d’arrêter cet article. Et mieux pour son rédacteur d’aller s’occuper de son pécule. Le mécanisme utilisé ici cherche à faire taire tout débat, à réduire les difficultés de la vie à des problèmes uniquement personnels. Et de suggérer que l’argent est le seul moyen de régler les différents entre nous, les riches ayant donc nécessairement plus raison.

Notes   [ + ]

1. La visibilité du message est par ailleurs renforcée par le fond uni, d’une couleur bleue inspirant la confiance, et le choix d’une police d’écriture de grande taille.
2. Cependant, il n’es pas fait mention du montant des salaires, ce qui serait une pratique transparente.

Le groupe « Chocolats suisses et maison coloniale » fait de la publicité intégrale à la gare de Lausanne

En février 2015, Sunrise s’était essayé à « la publicité intégrale », qui consiste grosso modo à faire son possible pour occuper l’intégralité des espaces. Finalement, deux partis, les Verts et la Gauche avaient lutté contre la prolifération de la publicité dans les transports publics. Des espaces privés recourent parfois à la même technique, comme cette succursale de Kkiosque à la gare de Lausanne.

Kkiosque appartient au groupe Valora Management, qui possède Naville et Selecta et dont les origines remontent à 1901, lorsque l’entreprise d’Olten s’appelait encore « Chocolats suisses et maison coloniale » (Schweizer Chocoladen & Colonialhaus).

Granini donateur de l’Administration des finances du Canton de Fribourg

Les finances de l’État de Fribourg pourraient se porter mieux. Elles comptabilisent un volume d’ investissements nets de  155, 9 millions de francs,  en nette hausse par rapport  au  montant retenu au budget 2016 ( 129,6 millions de francs) et un bénéfice d e 0,5 million de francs. Heureusement, Granini continue de soutenir la cafétéria de l’Administration des finances en leur fournissant des verres gratuits. Ne les laissons pas supporter seuls ce fardeau ! Apportons nos verres à la rue Joseph-Piller 13. Ceux qui ont oublié leur badge d’entrée peuvent passer par la porte de service, sis le passage qui sépare « l’Afin » et la synagogue.

Les épiceries en vrac contre la pub

Avec 730 kilogrammes par année et par habitant, la Suisse est le deuxième pays qui produit le plus de déchets en Europe. Cette quantité a doublé en 30 ans.  Parmi ces déchets, on compte de nombreuses publicités : les affiches extérieures, mais aussi la publicité qui figurent sur les emballages et les étiquettes. Les épiceries en vrac permettent de réduire la quantité de ce type de déchets à l’échelle du particulier. Le principe de l’épicerie en vrac est simple. Vous apportez vos propres récipients, les remplissez de produits et vous repartez. A proximité de Lausanne, il existe quelques épiceries en vrac :

  • La Brouette, avenue d’Echallens 79
  • Chez Mamie, avenue de Tivoli 56
  • Bio c’bon, boulevard de Grancy 8
  • Les Frondaisons de Bois-Genoud, oute de Bois Genoud 36, Crissier

 

Escadron d’écrans publicitaires aux caisses de Manor

Dans sa succursale lausannoise située 3, rue Pichard, le centre commercial Manor (ex-Placette) a déployé un escadron publicitaire d’un nouveau genre avec lequel il compte sans-doute étendre la portée de ses campagnes publicitaires et celles de ses annonceurs. Chaque caisse du supermarché dispose à présent de deux écrans lumineux dont la fonction est double. Lorsque le caissier encaisse, son écran affiche le nom des produits, leur prix de vente et le montant total de la facture. Un second écran affiche les mêmes informations devant le client. Entre deux encaissements, les deux écrans affichent de la publicité. Dans l’impossibilité de détourner complètement le regard, la clientèle — et le personnel — de Manor se retrouvent obligés de consommer ces réclames.

On se demande si le groupe Manor, qui possède également Athleticum, Appunto et Sanovit, a également installé ce type de procédé publicitaires dans ses autres magasins.