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Le genre de la femme-objet est l’Homme-objet

Dans une récente interpellation au Conseil municipal de Lausanne, Romain Felli posait une question à la Municipalité. A qui les habitants doivent-ils annoncer les problèmes d’insalubrité urbaine ? Deux canaux permettent de signaler des poubelles qui débordent, un trottoir endommagé ou une horloge déréglée, a répondu la Municipalité. Il suffit d’écrire à info@lausanne.ch ou d’appeler le 021 315 11 11.

Que les habitants dorment tranquilles : la vigilance de Municipalité ne se limite pas à la santé du territoire urbain. Favorable à l’égalité de considération entre toutes les variantes du spectre sexuel, les élus viennent de publier un rapport d’enquête sur le harcèlement de rue à Lausanne. Les conclusions sont inquiétantes. Le harcèlement de rue est bel et bien une réalité de la métropole. Sa fréquence surprendra plus d’un lecteur. La moitié des victimes interrogées a été harcelée plus d’une fois par mois. Dans la plupart des cas (88 %), le harcèlement prend la forme d’un sifflement. Il a lieu la nuit (77 %) et dans la rue ou un parc (46 %). Naturellement, la très grande majorité des victimes sondées a déclarée qu’il fallait dénoncer les harceleurs. La situation est grave.

Elle nous semble même plus grave qu’il n’y paraît, car dans son sens large, le harcèlement de rue sévit de jour comme de nuit. Il est prémédité, organisé, institutionnalisé, documenté, rémunéré et bénéficie de la complicité de la Municipalité en toute impunité. Ce harcèlement de rue procède de la même logique que celui qui agresse les femmes. Son auteur va parfois jusqu’à vous surveiller, avant de vous imposer sa présence en vous sifflant notamment. Il s’autorise à attirer votre regard et extorquer votre attention afin de marteler un message, un ordre qui exige votre adhésion à son projet. La violence de son action occulte votre autonomie. Commis quotidiennement dans plus de 1 200 lieux de passage de la métropole,  son geste conquérant vous métamorphose en instrument de son désir lucratif. Aliéné, à ses yeux vous n’êtes plus que le moyen d’obtenir quelque chose, quelque chose par le truchement duquel il obtient davantage de moyens. Abracadabra ! vous voilà une ressource, exploitable et exploitée. Son projet ? vous assujettir au marché, quitte à forcer l’échange. C’est par cet enchaînement de ruses et de violence que les maîtres d’œuvre du système publicitaire nous amènent à une monstrueuse conclusion : dans les rues lausannoises, le genre de la femme-objet est l’Homme-objet.

Interpellons à notre tour. A qui doit-on s’adresser ?