Archives de catégorie : environnement

A Genève, l’Université et l’HESSO déploient une affiche de plus de 100 mètres carrés

Une immense affiche publicitaire de plus de 100 m2 recouvre une des façades de l’Hepia, une haute école située au no 4 de la rue de la Prairie à Genève. Quand on sait que l’établissement forme les spécialistes techniques de demain, pas seulement les informaticiens et les électroniciens, mais aussi ceux de domaines comme l’architecture du paysage, de l’agronomie et de la gestion de la nature, on a de quoi s’inquiéter. La pose de cette  affiche gigantesque, probablement une des plus grandes de Suisse romande n’a fait l’objet d’une lever de boucliers ni auprès des étudiants, ni auprès des enseignants. Les automobilistes eux admirent le graphisme impeccable et essaie de déchiffrer le lettrage tout en essayant d’éviter un accident.

 

Le dernier écran d’extérieur de Samsung à l’essai à Zurich

Le 2 février à Zurich, la SGA a installé en exclusivité européenne le nouvel écran d’extérieur « OH85F », développé par Samsung. Dans son communiqué de presse, l’agence publicitaire présente les arguments de vente de l’écran de 85 pouces.  Le verre « résiste au vandalisme » et le film anti-graffiti facilite « le nettoyage ». L’appareil peut être utilisés sans boîtier spécial à des températures extrêmes, allant de -30 °C à +50 °C.

(source : SGA)

Grâce à sa luminosité, l’écran peut être lu même s’il se trouve en plein soleil. Michel Schauenberg, en charge de la promotion des ventes des écrans est enthousiaste : « Nous sommes particulièrement heureux de pouvoir présenter notre nouveau produit révolutionnaire à un arrêt de train, avec des partenaires aussi compétents que la SGA, Kilchenmann et chemins de fers zurichois. » Étrangement, nie le communiqué de la SGA, les déclarations des différentes personnes concernées ne font allusion à la consommation d’énergie de ce nouvel écran. Avec une plage de 680 à 1800 kilowattheure, sa consommation correspond à celle d’un ménage d’une personne à deux personnes. Voilà un argumentant de vente qui risque de donner du grain à moudre aux résistants du vandalisme publicitaire.

Le genre de la femme-objet est l’Homme-objet

Dans une récente interpellation au Conseil municipal de Lausanne, Romain Felli posait une question à la Municipalité. A qui les habitants doivent-ils annoncer les problèmes d’insalubrité urbaine ? Deux canaux permettent de signaler des poubelles qui débordent, un trottoir endommagé ou une horloge déréglée, a répondu la Municipalité. Il suffit d’écrire à info@lausanne.ch ou d’appeler le 021 315 11 11.

Que les habitants dorment tranquilles : la vigilance de Municipalité ne se limite pas à la santé du territoire urbain. Favorable à l’égalité de considération entre toutes les variantes du spectre sexuel, les élus viennent de publier un rapport d’enquête sur le harcèlement de rue à Lausanne. Les conclusions sont inquiétantes. Le harcèlement de rue est bel et bien une réalité de la métropole. Sa fréquence surprendra plus d’un lecteur. La moitié des victimes interrogées a été harcelée plus d’une fois par mois. Dans la plupart des cas (88 %), le harcèlement prend la forme d’un sifflement. Il a lieu la nuit (77 %) et dans la rue ou un parc (46 %). Naturellement, la très grande majorité des victimes sondées a déclarée qu’il fallait dénoncer les harceleurs. La situation est grave.

Elle nous semble même plus grave qu’il n’y paraît, car dans son sens large, le harcèlement de rue sévit de jour comme de nuit. Il est prémédité, organisé, institutionnalisé, documenté, rémunéré et bénéficie de la complicité de la Municipalité en toute impunité. Ce harcèlement de rue procède de la même logique que celui qui agresse les femmes. Son auteur va parfois jusqu’à vous surveiller, avant de vous imposer sa présence en vous sifflant notamment. Il s’autorise à attirer votre regard et extorquer votre attention afin de marteler un message, un ordre qui exige votre adhésion à son projet. La violence de son action occulte votre autonomie. Commis quotidiennement dans plus de 1 200 lieux de passage de la métropole,  son geste conquérant vous métamorphose en instrument de son désir lucratif. Aliéné, à ses yeux vous n’êtes plus que le moyen d’obtenir quelque chose, quelque chose par le truchement duquel il obtient davantage de moyens. Abracadabra ! vous voilà une ressource, exploitable et exploitée. Son projet ? vous assujettir au marché, quitte à forcer l’échange. C’est par cet enchaînement de ruses et de violence que les maîtres d’œuvre du système publicitaire nous amènent à une monstrueuse conclusion : dans les rues lausannoises, le genre de la femme-objet est l’Homme-objet.

Interpellons à notre tour. A qui doit-on s’adresser ?

Les excès du laissez-faire sur le marché de l’attention

Sur mandat de la Municipalité de Lausanne, la Société générale d’affichage (SGA) a installé une brochette de panneaux publicitaires le long du trottoir qui jouxte l’immeuble de la Place Chauderon 16. Ce n’est pas sans poser quelques problèmes.

En installant des procédés de réclame sur le trottoir, il se retrouve partiellement dépouillé de sa qualité d’espace public. Il devient une marchandise que les différents acteurs du marché peuvent se disputer. Mais ce n’est pas tout ; les procédés de réclame de la SGA entrent en concurrence avec ceux de l’espace privé, ceux de l’immeuble de la Place Chauderon 16. Le laissez-faire de la Municipalité de Lausanne en matière de marché de l’attention aboutit à une prolifération de la publicité dans l’espace public, mais aussi dans l’espace privé, car les acteurs privés réagissent à l’apparition de publicité concurrentielle à proximité de leur espace par une surenchère. Par le jeu de la concurrence, il s’établit aussi une hiérarchie du contrôle de l’attention. Le conducteur de voiture qui passe au niveau de la place Chauderon 16 regarde d’abord les procédés de réclame de la SGA qui se trouvent sur le trottoir, puis, peut-être, ceux qui sont installés sur la façade de l’immeuble. Cette hiérarchie, susceptible de changer tant que dure le laissez-faire de la Municipalité, met à jour un marché de l’attention, avec sa conjoncture, ses crises, ses techniques et ses abus. Dans ce cas précis, en plus de la marchandisation de l’espace public, de la prolifération de la publicité et de la concurrence (déloyale diraient les partisans du néo-libéralisme) à l’entreprise privée soutenue par les pouvoirs publics, les abus prennent la forme d’un danger physique pour les usagers de la route. Car la compétition pour l’attention des automobilistes, des piétons, des passagers des transports en commun et celle des conducteurs des bus, ne peut que se faire qu’au dépend de l’attention que chacun devrait porter au trafic à cette intersection.

Campagne de publipostage personnalisée du quotidien vaudois 24 Heures

Le mois passé, des anciens abonnés du journal 24 Heures ont reçu dans leur boîte aux lettres une réclame personnalisée. Déguisée en première page, elle affichait le prénom et le nom de famille de la cible dans la titraille. De quoi alimenter le narcissisme du petit Pékin, qui n’a même pas à remplir le bon de commande. Pardi, on l’a rempli à sa place : son adresse, son nom, tout y est. Même la case « oui, je souhaite profiter de cette offre exclusive réservée aux ‘anciens abonnés’ » a déjà été cochée et le bon est déjà affranchi. Si ça se trouve, bientôt les annonceurs n’auront même plus besoin d’obtenir le consentement des consommateurs…

L’État de Fribourg écoule son vin par une douteuse campagne de publipostage

Au mois de novembre, les fonctionnaires de l’État de Fribourg ont reçu dans leur boîte aux lettres une publicité pour du vin plutôt cocasse.  Car ce n’est autre que l’Administration des vignobles de l’État de Fribourg (AVE), donc un service de leur propre employeur, qui a pris la liberté de leur adresser ce courrier à leur domicile. La mise en œuvre de ce publipostage de masse soulève quelques questions.

Premièrement, on se demande par quel canal l’Administration des vignobles de l’État a obtenu les adresses privées de fonctionnaires qui n’entretiennent aucune relation avec elle. Certains de ces fonctionnaires n’habitent même pas le Canton de Fribourg.

Deuxièmement, est-il raisonnable que les services publics non seulement produisent et commercialisent de l’alcool, mais qu’ils en fassent la promotion ? Ne ce serait-ce que parce que figurent peut-être parmi les destinataires, des personnes déjà confrontées à des problèmes d’alcool ou des personnes dont la croyance leur interdit ce type de boisson.

Troisièmement, on ne peut que relever le caractère contradictoire de cette « offre exclusive » au regard des efforts de l’État de Fribourg qui depuis plusieurs années prend un certain nombre de mesures pour protéger l’environnement. Pourquoi donc consacrer tant de temps, d’énergie et de ressources (papier, illustrations en couleur) à commercialiser du vin qui bénéficie déjà de plusieurs points de vente ? Et avec quelle pathétique assurance la missive pousse le lecteur à croire que « l’assortiment du Domaine des Faverges ainsi que des Domaines du Vully saura [le] ravir et accompagner au mieux [ses] mets raffinés. » La pratique est si grossière, qu’on s’interroge : A quand une seconde bâche pour valoriser le Lavaux, histoire de se laisser entraîner dans les dérives du Canton de Vaud ?

Finalement, selon les termes de la lettre de l’AVE, les fonctionnaires de l’État de Fribourg bénéficient d’un rabais de 15 % sur certains assortiments des Domaines de Vully et du Domaine de Faverges. Comment justifier un tel favoritisme ?

Campagne publicitaire d’auto-promotion de la Commission suisse pour « la loyauté »

A l’occasion de son jubilé, l’organe « d’autocontrôle » de la publicité en Suisse, la Commission suisse pour la Loyauté (CSL) a lancé une campagne d’auto-promotion. Le message hagiographique de la campagne est véhiculé par des dispositifs publicitaires rétro-éclairés gourmands en électricité. Sur son site, la faîtière de la publicité et la communication suisse, Communication Suisse, qualifie cette campagne de « campagne en clin d’œil ». Communication suisse et la CSL ont mis tant de mauvaise volonté à assainir le secteur de la publicité en Suisse qu’on ne sait comment prendre l’expression…

Les articles au sujet de cette campagne ou de l’activité de la CSL ou ne sont pas légion. Quand ils existent, c’est la plupart du temps pour prendre une position particulièrement condescendante, comme l’article d’Alexandra Brutsch paru le 15 novembre dans le Matin.