Archives de catégorie : appareils électroniques

La CIA pirate les appareils connectés. Les annonceurs se réjouissent

Les annonceurs disposent à présent d’une nouvelle source de données privées. Alors que l’affaire Snowden a pour ainsi dire disparu des discussions helvétiques, le 7 mars, Wikileaks révélait que la CIA pirate les appareils connectés à Internet (téléphones portables, téléphones fixes, téléviseurs, enceintes, etc.) à une échelle mondiale. Cette attaque à échelle mondiale a été réalisée grâce à des virus qui se propagent d’appareil en appareil et qui, l’appareil infecté, fonctionnent comme des mouchards. On peut alors contrôler les appareils à distance, c’est à dire télécharger toutes les données qui s’y trouvent, le transformer en micro…  Bien-sûr, la CIA n’est pas le seul service de renseignements à mettre en œuvre pareil surveillance. Avec le dernier amendement de la loi sur le renseignement, les services suisses recourent aussi à ce type de mouchard en toute légalité. Pour ceux qui s’intéressent à la place de la publicité dans notre société, les révélations de Wikileaks posent deux problèmes. Premièrement, les diffuseurs de publicités peuvent obtenir ces données parce que les mouchards mis en place par la CIA — mais peut-être aussi ceux des services de renseignements suisses — ont été piratés à leur tour par d’autres informaticiens. Deuxièmement, ils arrivent fréquemment que l’État partage une partie des données qu’il récolte avec des entreprises à des fins publicitaires. En Suisse, la Confédération partage par exemple les données des feu de circulation avec la SGA. Et alors ? Et alors grâce à ces données et d’autres, comme celles que Swisscom et les prestataires de données GPS lui fournissent, ils décident de l’emplacement des affiches et des écrans publicitaires, car ils savent où les gens se trouvent, à quel moment et combien de temps ils s’y trouvent. Qui peut alors garantir que la CIA ou les renseignements suisses ne revendent pas de telles données à des tiers ?

Vingt mille clients de Swisscom et Migros piratés

Un article paru dans le Temps vendredi 10 mars révélait que les données d’accès (nom d’utilisateur et mot de passe), l’adresse IP de leur routeur de vingt mille clients de Swisscom et Migros (M-Budget) ont été volées par des pirates informatiques. Ces données concernent les clients des services téléphoniques des deux entreprises suisses qui estiment peu probable que les données subtilisées soient utilisées à des fins abusives. A en croire Swisscom et Migros, le vol de ces données est sans mobile. Aucune enquête interne ni aucune analyse des profils des victimes ne sont prévues. On sait pourtant que souvent, ces attaques informatiques cherchent à obtenir ce type de données à des fins publicitaires. Une hypothèse qui n’a été évoquée ni par les deux opérateurs de télécommunication ni par le journaliste de l’article paru dans le Temps. On s’étonne du mutisme de Swisscom et de Migros sachant qu’ils figurent parmi les plus grands trafiquants de données privées de Suisse. Un trafic des données dont ils peuvent tirer meilleur parti grâce à l’usage de la téléphonie IP justement.[1]Technologie qui fait passer les communications téléphoniques par Internet. D’ailleurs, on s’interroge sur le fait que le journaliste de l’article paru dans le Temps, n’aient pas mentionné non plus que le vol n’a pu avoir lieu que grâce au recourt à la téléphonie IP. Swisscom a déjà largement implémenté cette technologie prévoit de l’imposer sur l’ensemble du territoire d’ici la fin de l’année. C’est le cas également des autres opérateurs suisses comme Salt, Orange ou Green, qui eux aussi sont des clients de Swisscom. Malheureusement, il n’existe à l’heure actuelle aucun moyen efficace de se protéger pour l’utilisateur de la téléphonie IP.

Notes   [ + ]

1. Technologie qui fait passer les communications téléphoniques par Internet.

Une étude invite la SSR à renoncer à la publicité

Alors que la presse suisse a perdu plusieurs de ses titres et que l’hécatombe se poursuit, le Centre d’évaluation des choix technologiques TA-SWISS vient de publier les résultats d’une étude intitulée « Médias et formation de l’opinion » (Medien und Meinungsmacht)  qui risque ne de ne pas plaire aux maîtres d’orchestre du système publicitaire suisse.[1]Ce Centre a pour objectif de suivre les évolutions et développements technologiques et de déceler les conséquences sociales, légales et éthiques des nouvelles technologies. Il a également pour mission de favoriser le débat autour des enjeux scientifiques et technologiques. Affilié aux Académies suisses des sciences, c’est un organe de conseil mandat est ancré dans la Loi fédérale sur la recherche. Estimant que dans une démocratie directe, les citoyens sont appelés à voter sur des questions complexes, une information variée et de qualité est indispensable, le Centre d’évaluation suggère que Les médias, qui fournissent une partie de cette l’information, ne doivent pas dépendre des intérêts des annonceurs qui diffusent leurs publicités dans les médias.[2]La publicité présente par exemple un quart des revenus de la SSR Selon l’étude, il est temps « [d’]envisager une renonciation à la publicité et au sponsoring [soutien financier] »

Pour approfondir, lire le résumé de l’étude « Médias et formation de l’opinion ».

 

Notes   [ + ]

1. Ce Centre a pour objectif de suivre les évolutions et développements technologiques et de déceler les conséquences sociales, légales et éthiques des nouvelles technologies. Il a également pour mission de favoriser le débat autour des enjeux scientifiques et technologiques. Affilié aux Académies suisses des sciences, c’est un organe de conseil mandat est ancré dans la Loi fédérale sur la recherche.
2. La publicité présente par exemple un quart des revenus de la SSR

Les algorithmes et la publicité

Résumé d’une table ronde enregistrée à la Sorbonne dans le cadre du forum « L’année vue par les sciences », le 25 février 2017. Cette session, retransmise sur les ondes de France culture, s’articule autour de la question « le numérique fait-il de nous des numéros ? », mais le système publicitaire y est discuté à plusieurs reprises.

Dans un premier temps, les intervenants rappellent que nos sociétés générèrent des masses énormes de données que nous ne pouvons pas traiter seul. Nous recourrons donc aux algorithmes, des méthodes de calcul, qui transforment ces données en information utilisable de manière pratique. Or, l’usage des algorithmes à une seconde conséquence moins positive. En utilisant les algorithmes, on abandonne la rationalité qui liait les phénomènes à leurs causes, pour glisser vers une pseudo-rationalité purement statistique et inductive, qui observe des corrélations au sein des masses énormes de données.

C’est à dire qu’on utilise des algorithmes prédictifs qui vont établir des corrélations et on va utiliser ces corrélations pour faire de la prédiction et on va utiliser la prédiction pour proposer des publicités qui correspondent à votre profile par exemple. C’est ce qu’on appelle le profilage.

Le phénomène est ancien et il est lié au fait de rémunérer du contenu à l’audience. C’est typiquement ce que fait la publicité. Par exemple, les chaînes de télévision cherchent à montrer au téléspectateur ce qui le frappe. Pas nécessairement ce qui lui plaît. On ne souhaite pas toujours regarder tel épisode violent ou superficiel dans les journaux ou dans les publicités, mais il arrive qu’on le regarde quand-même. L’homme est faible de ce point de vue et les publicitaires abusent de cette faiblesse, parce qu’ils peuvent en dégager un profit.

La relation entre algorithmique et publicité est coupable selon trois volets. Le revenu publicitaire qui cherche à faire de l’audience ; les entreprises hyper-centralisées sur les réseaux (Facebook, Twitter) ; le fait que ces entreprises détiennent de nombreuses données sur vous. Plutôt que de vous présenter du contenu tel qu’il vient et qui peut vous plaire ou pas, les éditeurs de contenu ne vous présentent que ce qui est susceptible de vous plaire, plutôt frapper votre esprit, pour que vous restiez à regarder soit parce que ça vous procure du réconfort, soit parce que vous trouvez ça scandaleux. Cette logique vous enferme dans une bulle contrôlée par la statistique et la surveillance.

Notre société est dite d’information, car nous la plupart des personnes peuvent accéder à l’information directement, seuls. Ne gagnant pas assez d’argent en proposant de l’information aux individus, les médias et les plates-formes en ligne préfèrent s’informer sur les individus pour les proposer comme des ressources aux annonceurs. Mais un individus n’est une ressource exploitable que s’il est attentif. Aussi, les entreprises se disputent non pas pour nous fournir une information susceptible de vraiment nous intéresser, mais pour nous présenter une information capable d’attirer notre attention, ce qui est problématique, puisque elle nous distrait des vrais enjeux de société.

En outre, les gens se rendent de plus en plus compte qu’ils font l’objet d’une surveillance continue. Cette conscience d’être surveillé induit des changements intimes dans la façon de penser. On s’interdit certains schémas de pensée — au cas où. Certains publicitaires s’en sont aperçus. Lorsque la publicité est trop ciblée, trop personnalisée, on clique moins volontiers dessus, parce qu’on la trouve douteuse. Alors on nous propose des publicités en partie ciblées et présentant aussi une partie dont le contenu n’est pas ciblé, à dessein, pour nous faire oublier la partie ciblée. Les publicitaires nous administrent ainsi un contenu dont l’élément toxique est dilué pour qu’on ne s’aperçoive pas qu’on ingère du poison. Le poison cependant est bien présent, il est juste invisible.  Benjamin Bayart propose de s’attaquer à cette toxicité par un geste politique qui consisterait en premier à reprendre le pouvoir sur les grandes plates-formes en ligne en les interdisant. Antoinette Rouvroy de son côté propose d’obliger les grands acteurs des données de masses à ne pas conserver les données de sorte à ce qu’ils ne puissent pas exercer le pouvoir monopolistique que cette possession leurs permet aujourd’hui.

Les Helvètes ont peur de la récolte des données privées

Une étude de l’institut Gfk pour le compte de Comparis révèle que plus de 60 % des Suisses se sentent surveillés sur la Toile. 30 % des Internautes renoncent aux réseaux sociaux pour des raisons de protection des données. Une personne sur cinq se méfie des moteurs de recherche tels que Google ou Bing.  42 % n’ont pas confiance en Whatsapp. Malheureusement, cette méfiance ne se traduit par des actions de défense. La plupart des interrogés ne recourent pas aux outils de protection comme les logiciels de chiffrement des courriels et des fichiers, à la navigation anonyme, par VPN ou proxy. Ils ne cherchent pas non plus à lutter directement par une action politique.

Ces adolescents qui ne distinguent pas la publicité du contenu rédactionnel

Les générations Y et Z comprennent mieux les nouvelles technologies ? Pas si sûr. Une récente étude de l’Université de Stanford révèle que la grande majorité des adolescents ne distinguent pas « le contenu parrainé » du contenu rédactionnel. 82 % des interrogés estiment que le fait que l’auteur d’un article soit dirigeant d’une banque n’a aucun lien avec la crédibilité de l’article. Pour eux, la crédibilité d’une information en ligne tient davantage à la quantité de détails et à la qualité des illustrations qu’à l’identité de la source. La RTS et Gant doivent s’en réjouir.

 

Le journal les Échos propose une édition avec moins de publicités

L’essor des bloqueurs publicitaires poussent les journaux à faire des compromis avec les acteurs du double marché. Une stratégie élaborée par le journal les Échos l’illustre bien. Quand un internaute équipé d’un bloqueur de publicité arrive sur son site, le message suivant est affiché :

Le journal fait donc un pas en avant vers le lecteur qui n’apprécie pas la publicité en lui proposant une édition qui contient moins de publicité. Mais ce n’est pas tout. Alors même qu’il fait un geste dans le sens du lecteur, le journal fait un pas de côté, car sa proposition, c’est aussi un message publicitaire. Un message publicitaire qui fait la promotion d’une édition spéciale de son produit. Grâce à la technique informatique, les Échos arrivent à cibler un segment de la population difficile à atteindre.

La SGA rachète le Tinder suisse

Des études ont montré que l’utilisateur moyen consulte son ordiphone presque cent fois par jour. C’est un énorme potentiel pour la SGA qui souhaite profiter de l’augmentation de l’utilisation de l’ordiphone. Avec ce changement de pratique, les publicitaires considèrent que l’ordiphone et la tablette ont intégré la famille des « médias extra-muros » (media Out of Home) à laquelle appartiennent déjà les affiches publicitaires et les écrans d’extérieur. La SGA est convaincue que l’ordiphone peut ainsi permettre aux annonceurs d’allonger la « chaîne de communication de l’affichage publicitaire analogique et digital » et augmenter la « pénétration » de la publicité dans le tissu social.

Techniquement, la SGA compte créer un réseau à trame de balise, qui avec la communication en champ proche (CCP), permet d’attirer l’attention des propriétaires d’ordiphone hors de chez eux, dans la rue et dans les magasins.[1]A l’étranger, l’opérateur Orange possède déjà un réseau de ce type. La CCP a besoin des données précises de géolocalisation des personnes en temps réel. Pour mettre en place son réseau à trame de balise, la SGA a créé une nouvelle marque « SGA Interaction » le 1er février et elle a racheté Blinq, une entreprise qui comme Tinder et Badoo est spécialisée dans les applications de rencontres. Pourquoi ? Parce que les algorithmes de ce type d’applications intègrent des paramètres de géolocalisation.  Ce sont des applications dîtes de réseautage géo-social. L’application de Blinq elle met justement en œuvre un réseau à trame de balise. Voilà ce qui intéresse la SGA.

Nous savions déjà que depuis 2015, la SGA et Jcdecaux développaient ensemble un nouveau type de procédé publicitaire extérieur capable de détecter, d’enregistrer et de transmettre le regard des passants. Après deux ans de dispute, en France, le pouvoir judiciaire vient d’interdire à Jcdecaux de surveiller les téléphones portables des passants. Avec la création de la marque SGA Interaction et le rachat de Blinq, la stratégie de la SGA prend la même orientation que celle de son actionnaire Jcdecaux.

En Suisse, en plus des données récupérées grâce au réseau à trame de balise, la SGA pourrait chercher à obtenir davantage de données privées par l’intermédiaire d’un opérateur de télécommunication. Pour certains, le partage de ces données privées n’est pas prêt d’arriver. Dieu merci, les autorités veillent pense-t-on. Pourtant, de récents développements dans le domaine des technologies, de la publicité et de la politique suisse risquent de bousculer ce préjugé. En effet, depuis le 1er février, Swisscom a commencé à utiliser les données privées qui générées par l’usage de l’ordiviseur de ses clients sans obtenir leur consentement préalable, et il les a revendues à Admeira (ex-Publisuisse), l’agence publicitaire créée récemment par Ringier, la SSR et… Swisscom. Certaines élus locaux collaborent déjà avec Swisscom dans le cadre de projet qui exploite les données privées des clients de Swisscom.

En 2015, la municipalité de Pully a ainsi créé un Observatoire de la mobilité qui utilise directement les données de la téléphonie fournies par Swisscom, qui a accès aux données de 98 % des propriétaires d’ordiphones en Suisse, celles de leurs clients et celles des autres opérateurs, car ceux-ci utilisent en grande partie l’infrastructure de télécommunication de Swisscom. Grâce à un outil informatique, Swisscom peut suivre en temps réel le flux des déplacements de ses usagers, comme on peut le voir sur la vidéo ci-dessous. L’enregistrement est centré sur la métropole zurichoise, mais les données sont très précises (quelques mètres).

Sur le papier, le projet pulliéran est sans défaut et à première vue, on pourrait même nous accuser d’être hors-sujet. La Municipalité propose une approche novatrice. Elle veut relever les défis d’urbanisation et de mobilité du futur. Grâce à la collaboration avec Swisscom, il est  possible de déterminer la fréquentation  et  les  pôles  d’attractions de la  Ville de Pully et d’améliorer la qualité de vie de ses habitants. Qui oserait remettre en question de si bonnes intentions ?

Deux ombres obscurcissent le tableau idyllique dressé par Swisscom et  la Munipalité de Pully. Premièrement, comme la rappelé Vincent Kaufmann, directeur du Laboratoire de sociologie urbaine de l’EPFL, malgré les quelques garanties que la Loi fédérale  sur la  protection des données peuvent apportées et malgré l’anonymisation formelle des données de masse (big data) par le géant bleu, il existe plusieurs moyens d’identifier les propriétaires de ces données privées. Deuxièmement, quand on sait que les autorités de nombreuses communes invoquent les revenus engrangés grâce à la publicité contre ceux qui souhaitent la supprimer, on se demande sérieusement si les élus montreront assez de vertu lorsque la SGA leur proposera de payer pour les données privées fournies par Swisscom.

Notes   [ + ]

1. A l’étranger, l’opérateur Orange possède déjà un réseau de ce type.

Knorr j’abhorre !

De bonne heure ce matin, la radio la 1ère s’est intéressée à la nouvelle campagne de publicité européenne de Knorr. Avec elle, l’entreprise propriété du groupe agroalimentaire Unilever fait la promotion de ses produits et lance un appel au don en faveur des sans-abri. Selon la journaliste Nicole della Pietra, ce type de publicité a le vent en poupe, mais l’exercice impose un équilibre délicat, qu’il convient d’assurer grâce à trois gardes-fous. D’abord, comme l’explique Etienne Francey, publicitaire genevois à qui la journaliste donne la parole, une campagne de ce type doit permettre à tout-le-monde d’y trouver son compte. Dans le cas précis de Knorr, on arrive à parler du produit et des soupes populaires. C’est « culotté » mais le risque en vaut la chandelle. Ensuite, si la publicité met en scène de vraies personnes, il est nécessaire d’obtenir leur consentement préalable sans quoi on risque de manquer de respect à la personne et à la dignité humaine. Finalement, le sociologue de l’Université de Genève Sandro Cattacin, met en garde contre les risques d’une esthétisation de la pauvreté. Au delà d’un certain seuil, l’esthétisation provoque des réactions négatives auprès du public. Elle décrédibilise parce qu’elle donne l’impression ne pas prendre au sérieux la souffrance humaine. En deçà du seuil, ce type de publicité ne pose pas de problème.

L’émission de la 1ère n’a pas clairement remis en question la crédibilité de la campagne de Knorr. Il y a bien deux trois questions qui bousculent, mais elles se révèlent rhétoriques. Par l’intermédiaire des trois intervenants, l’émission répond à ces questions par l’énonciation de trois gardes-fous qui permettent d’empêcher qu’une publicité mettant en œuvre un appel à la pitié ne dépasse pas les limites de la morale populaire. En approfondissant le sujet uniquement dans ce sens, au fond, l’émission expose la recette à suivre par les entreprises qui envisageraient de profiter de la misère humaine sans vouloir prendre le risque de ternir son image de marque.

En cernant les contours d’une « bonne » publicité, l’émission échoue à démontrer la logique profonde et ses répercussions sur les différents protagonistes. Les nouvelles publicités de Knorr mettent en scène des images qui utilise un sophisme vieux comme le monde : l’appel à la pitié (argumentum ad misericordiam). Ce raisonnement fallacieux consiste à mettre en avant et soutenir quelque chose susceptible de susciter de la sympathie en faveur d’une cause ou d’une personne. En appelant votre sympathie le sophiste espère que vos critères habituels d’évaluation ne s’appliqueront pas à la situation particulière dont il vous parle. Par exemple un élève dit à son professeur : « Monsieur, j’ai appris le décès de ma grand-mère hier soir. C’est pour ça que je n’ai pas pu faire mes devoirs.» Dans le cas de Knorr, le problème n’est pas que l’entreprise ou que qui que ce soit éprouve de la sympathie pour les pauvres. Le problème, c’est que l’entreprise invoque la pauvreté pour provoquer une sympathie qui ne devrait pas entrer en ligne de compte dans notre jugement. Quel jugement ? le jugement vis-à-vis du produit de Knorr et le jugement sur l’usage de la technique commerciale qu’on nomme la publicité ; le jugement vis-à-vis de la légitimité de l’apparition d’une publicité durant un film ; le jugement vis-à-vis de l’aide apportée par la société civile aux sans-abri en Europe. Bref, nous jugerions autrement la publicité si elle n’était pas associée à la charité. Le couplage avec la charité permet à la publicité d’augmenter sa crédibilité.

L’émission de la 1ère :

 

Les bloqueurs de publicité numérique de plus en plus populaires

Selon article de la Correspondance de la publicité (17 février), start-up PageFair a publié cette semaine son rapport annuel sur l’utilisation des bloqueurs de publicité sur Internet. Elle aurait progressé de 30 % dans le monde en 2016, tous supports confondus (ordinateurs, téléphones portables, tablettes). La hausse avait atteint 41 % en 2015 où au total, 615 millions d’appareils électroniques étaient équipés d’un bloqueur de publicité.
La région Asie-Pacifique représente à elle seule 94 % de l’utilisation des bloqueurs de publicité sur mobile.

On aimerait tant qu’il existe des moyens de bloquer la publicité physique, celle des panneaux d’affichage, des marques sur les vêtements, des enseignes et celle des téléviseurs. Des bloqueurs de ce type existent déjà, mais ils sont si contraignants. Le plus efficace est sans doute l’isolement. Rester dans un chez soi privé de technologie. Rester chez soi à poil. Ou alors sortir couvert de fripes d’occasion ; Se munir d’un cache-misère et de tout ce qui permettra de protéger son attention contre les incessantes sollicitations de la publicité : bouquiner, écouter de la musique, détourner le regard. Des expédients qui manquent d’efficacité et qui, en tentant de détourner l’attention de la publicité, détournent aussi des autres hommes.