Le DFAE refuse de livrer les données privées des Suisses de l’étranger… en 1972

Aujourd’hui, en Suisse,  le système publicitaire n’hésite pas à violer la sphère privée de la population afin de la commercialiser. De nombreuses entreprises privées et les autorités politiques de chaque niveau (communal, cantonal et fédéral) récoltent, utilisent et transmettent les données privées des habitants sans leurs consentements à des fins publicitaires, souvent lucratives. Ce gigantesque système de renseignement s’appuie sur plusieurs intermédiaires, comme les offices de la population des communes, les opérateurs de télécommunication (Swisscom, Salt, Sunrise, etc.), les fournisseurs de systèmes de géolocalisation (GPS), les données des feux de signalisation routière, etc.

Le principal ressort de cette entreprise de renseignement sur la population est le système économique dans lequel nous vivons. Un système où ceux qui entreprennent une activité lucrative bénéficient d’un privilège d’espionnage et de démarchage dont le degré est proportionnel au pouvoir économique de celui qui entreprend. Un privilège de classe.  Ces avantages, les « libéraux » les appellent plus volontiers « libertés ». Mais le chômeur est-il libre d’accéder au formidable réseau de distribution de la publicité suisse ? L’épicerie du quartier peut-elle se renseigner sur le « segment de marché » dans les mêmes proportions que Migros ? Est-ce souhaitable d’ailleurs ?

Il arrive parfois que les grands acteurs de ce système bute sur un obstacle : une poignée de militants enragés, quelques fonctionnaires spécialisés mais privés de pouvoir, une minorité de citoyens indignés mais incapables de s’organiser.  Ah, il est loin le temps où les autorités fédérales s’opposaient à quelques-uns de ces privilèges, comme dans cette communication du Département fédéral des Affaires étrangères, alors appelé Département politique fédéral, qui interdisait à toutes les représentations diplomatiques suisses de fournir des renseignements sur les compatriotes suisses à l’étranger et même « à agir comme intermédiaires, d’une manière ou d’une autre, dans le cadre d’actions de promotions de nature commerciale. »[1]« Communication à toutes les représentations diplomatiques et consulaires suisses », 19 décembre 1972,  Archives fédérales Suisses, E2200.174#1985/195#20*

Notes   [ + ]

1. « Communication à toutes les représentations diplomatiques et consulaires suisses », 19 décembre 1972,  Archives fédérales Suisses, E2200.174#1985/195#20*

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