L’internet gratuit, une bonne affaire?

Sur internet, presque tout est gratuit: vidéos en streaming, informations Wikipedia, boîte mail, musique dématérialisée, réseaux sociaux et autres outils bureautiques. Du coup, pourquoi s’en priver, ça ne coûte rien non? Mais vous avez certainement entendu que “si c’est gratuit, c’est que je le paie d’une manière ou d’une autre”. Qu’en est-il vraiment ?

Il est en effet difficile de concevoir que tout cela ne coûte rien. Car les serveurs et la bande passante capables de streamer simultanément des millions de vidéos vers les millions de smartphones et ordinateurs des utilisateurs, sont très loin d’être gratuits eux! Alors, d’où vient tout cet argent? Le mécanisme qui permet de financer ce système est bien sûr la publicité. Ainsi, les utilisateurs paient des services « gratuits » en vendant leur attention et en acceptant de regarder des annonces.

Les économistes l’appellent système tripartite : une entreprise propose un produit sans coût [1]ou à coût réduit, dans le cas de la presse papier par exemple à ses clients, alors qu’un troisième acteur, les annonceurs, paient la facture. Mais pourquoi ce système est-il utilisé à aussi grande échelle? Une bonne partie de l’explication tient à notre psychologie. En effet, profiter de quelque chose qui nous est offert est agréable : pas besoin de se demander si cela vaut la peine ou non de débourser de l’argent pour profiter d’un service gratuit! La décision devient donc spontanée, plutôt motivée par nos désirs et émotions que par la raison. C’est alors un outil de marketing puissant. Pour prendre un exemple, les groupes de musique ne gagnent plus leur vie aujourd’hui sur les ventes de disques en magasin, mais sur les concerts. Et les festivals gagnent de l’argent sur les consommations vendues. Nous rechignons à acheter un album de musique [2]Une seconde raison à la généralisation du gratuit sur internet tient au fait que nous éprouvons une difficulté à donner de la valeur à un bien numérique. D’une part, il est difficile de réaliser l’ampleur de l’infrastructure nécessaire quand on ne la voit pas, et d’autre part, la culture pirate, selon laquelle dupliquer (et donc pas voler) un bien numérique ne porte préjudice à personne, a une forte influence, mais pas une boisson sucrée.

La manœuvre peut paraître une aubaine, tant c’est une chance de profiter de ces services gratuits! Mais c’est en réalité un système qui nous pousse au gaspillage. Comme il n’y a aucun frein à utiliser un éditeur de texte en ligne gratuit ou à regarder des vidéos gratuites, ceux-ci deviennent la norme dans notre société, et nous les consommons donc toujours plus massivement.  Et qui dit consommation massive dit également impact négatif sur l’environnement. C’est particulièrement vrai dans le cas d’internet, dont la consommation en énergie ne cesse de prendre l’ascenseur[3]Et ce malgré l’avancée technologique qui permet d’augmenter l’efficience énergétique des Nouvelles Technologies de la Communication.Cette efficience permet même de proposer les services en ligne à ce que les économistes appellent un coût marginal faible. C’est donc bien leur efficience qui rend leur existence et leur utilisation massive possible, et qui conduit donc à une augmentation globale de la consommation en énergie. Pour un article de qualité sur le sujet, voir lowtechmagazine.com. Sans que l’on soit vraiment conscient de celle-ci, puisque tout se passe au travers d’une infrastructure (fibre, routeurs, centres de données) qui nous est invisible.

Au final, la gratuité fait office de stéroïdes de croissance [4]selon les termes utilisés dans Free ! Entrez dans l’économie du gratuit de Chris Anderson. Bien que pro-publicitaire, ce livre offre un bon panorama de l’évolution et du fonctionnement des pratiques de gratuité et de promotions! pour l’économie. Les services en ligne sont financés par notre chère amie la publicité, qui nous vante d’autres produits, payants eux. On peut ainsi dire que nous sommes doublement encouragés à consommer! D’une part pour des services gratuits, et de l’autre pour des biens dont le prix provient en bonne partie de la pub. C’est absurde, et de plus le gratuit est un double impact pour l’environnement.

Notes   [ + ]

1. ou à coût réduit, dans le cas de la presse papier par exemple
2. Une seconde raison à la généralisation du gratuit sur internet tient au fait que nous éprouvons une difficulté à donner de la valeur à un bien numérique. D’une part, il est difficile de réaliser l’ampleur de l’infrastructure nécessaire quand on ne la voit pas, et d’autre part, la culture pirate, selon laquelle dupliquer (et donc pas voler) un bien numérique ne porte préjudice à personne, a une forte influence
3. Et ce malgré l’avancée technologique qui permet d’augmenter l’efficience énergétique des Nouvelles Technologies de la Communication.Cette efficience permet même de proposer les services en ligne à ce que les économistes appellent un coût marginal faible. C’est donc bien leur efficience qui rend leur existence et leur utilisation massive possible, et qui conduit donc à une augmentation globale de la consommation en énergie. Pour un article de qualité sur le sujet, voir lowtechmagazine.com
4. selon les termes utilisés dans Free ! Entrez dans l’économie du gratuit de Chris Anderson. Bien que pro-publicitaire, ce livre offre un bon panorama de l’évolution et du fonctionnement des pratiques de gratuité et de promotions!

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