Archives de catégorie : route et déplacements

A Genève, l’Université et l’HESSO déploient une affiche de plus de 100 mètres carrés

Une immense affiche publicitaire de plus de 100 m2 recouvre une des façades de l’Hepia, une haute école située au no 4 de la rue de la Prairie à Genève. Quand on sait que l’établissement forme les spécialistes techniques de demain, pas seulement les informaticiens et les électroniciens, mais aussi ceux de domaines comme l’architecture du paysage, de l’agronomie et de la gestion de la nature, on a de quoi s’inquiéter. La pose de cette  affiche gigantesque, probablement une des plus grandes de Suisse romande n’a fait l’objet d’une lever de boucliers ni auprès des étudiants, ni auprès des enseignants. Les automobilistes eux admirent le graphisme impeccable et essaie de déchiffrer le lettrage tout en essayant d’éviter un accident.

 

Notre « morne » trajet quotidien a-t-il besoin d’etre rendu incroyable?

Cette affiche, aperçue dans une station de métro lausannoise, interpelle sur le rapport à la réalité qu’elle cherche à nous suggérer.

Elle utilise comme base un ressenti qui peut nous arriver à tou-te-s  : celui de s’ennuyer, que l’on perd son temps à cause des déplacements en metro. Cet annonceur semble donc nous donner une solution : combler notre ennui grâce à un service de streaming disponible en tout temps et en tous lieux. Sur le papier, l’idée semble donc être géniale. Mais il faut cependant regarder de plus près ce que cette réclame révèle sur nous et notre société.

Premièrement, il s’agit de comprendre sur quels mécanismes s’appuie l’annonceur. Celui-ci fait un usage pertinent du lieu d’affichage (une station de métro) pour capturer notre attention vacante et lui proposer une occupation, justement ! Sur cette base, une certaine complicité peut alors se former alors entre le passant et l’affiche, comme tous deux reconnaissent l’ennui qu’est le trajet de métro. Il va donc nous sembler sensé d’adhérer au programme proposé par l’annonceur, comme on le ferait du conseil d’un ami! Mais ce faisant, nous nous reconnaissons dans une identité passive de consommateur. Nous acceptons qu’une entreprise de divertissement vienne nous consoler d’un inconvénient inévitable de la vie (le trajet en métro).

Cette position devient vraiment problématique lorsqu’on s’intéresse à notre comportement en rapport a cette consommation. Nous souhaitons remplacer le banal trajet en métro par un incroyable fantaise, le duel de super-héros. Mais si notre trajet de métro doit à chaque fois etre un duel de super-heros pour devenir supportable, comment est-ce que nous ferions sans ces divertissements? Il semble alors que nous n’avons plus vraiment de choix, comme le laissait pourtant supposer cette inoffensive affiche… Et que se passera-t-il au moment ou nous aurons consommé toutes les séries proposées? Est-ce que nous n’en deviendrions pas a force lassé? Nous pourrions plutôt prendre le temps d’apprécier ces divertissements chez soi, du début a la fin plutot que par fragments entre chaque changement de transports publics. Et nous laisser le temps de réfléchir au message que ces oeuvres veulent véhiculer.

Ce qui dérange donc avec une telle affiche, c’est qu’elle nous impose, l’espace d’un instant, l’idée que le trajet en métro doit être occupé par regarder son ecran de smartphone. Si l’on s’y soumet, on perd rapidement notre liberté de choix et l’on risque de consommer toujours plus de divertissment pour palier à l’ennui. Et ce, sans nécessairement parvenir à tromper l’ennui sur long terme.

Heureusement, il semble possible de recourir à plein d’autres méthodes pour occuper ses trajets! Le métro n’est-il pas plein de gens qui ont aussi une histoire, et si celle si n’est pas racontée, il reste possible de l’imaginer? Il est aussi possible de profiter de ce moment de « vide » pour mettre de l’ordre dans ses pensées, se préparer à la journee. Ou encore, pourquoi ne pas profiter du déplacement en le faisant a vélo, ce qui nous fait notre exercice de la journée…

La SGA rachète le Tinder suisse

Des études ont montré que l’utilisateur moyen consulte son ordiphone presque cent fois par jour. C’est un énorme potentiel pour la SGA qui souhaite profiter de l’augmentation de l’utilisation de l’ordiphone. Avec ce changement de pratique, les publicitaires considèrent que l’ordiphone et la tablette ont intégré la famille des « médias extra-muros » (media Out of Home) à laquelle appartiennent déjà les affiches publicitaires et les écrans d’extérieur. La SGA est convaincue que l’ordiphone peut ainsi permettre aux annonceurs d’allonger la « chaîne de communication de l’affichage publicitaire analogique et digital » et augmenter la « pénétration » de la publicité dans le tissu social.

Techniquement, la SGA compte créer un réseau à trame de balise, qui avec la communication en champ proche (CCP), permet d’attirer l’attention des propriétaires d’ordiphone hors de chez eux, dans la rue et dans les magasins.[1]A l’étranger, l’opérateur Orange possède déjà un réseau de ce type. La CCP a besoin des données précises de géolocalisation des personnes en temps réel. Pour mettre en place son réseau à trame de balise, la SGA a créé une nouvelle marque « SGA Interaction » le 1er février et elle a racheté Blinq, une entreprise qui comme Tinder et Badoo est spécialisée dans les applications de rencontres. Pourquoi ? Parce que les algorithmes de ce type d’applications intègrent des paramètres de géolocalisation.  Ce sont des applications dîtes de réseautage géo-social. L’application de Blinq elle met justement en œuvre un réseau à trame de balise. Voilà ce qui intéresse la SGA.

Nous savions déjà que depuis 2015, la SGA et Jcdecaux développaient ensemble un nouveau type de procédé publicitaire extérieur capable de détecter, d’enregistrer et de transmettre le regard des passants. Après deux ans de dispute, en France, le pouvoir judiciaire vient d’interdire à Jcdecaux de surveiller les téléphones portables des passants. Avec la création de la marque SGA Interaction et le rachat de Blinq, la stratégie de la SGA prend la même orientation que celle de son actionnaire Jcdecaux.

En Suisse, en plus des données récupérées grâce au réseau à trame de balise, la SGA pourrait chercher à obtenir davantage de données privées par l’intermédiaire d’un opérateur de télécommunication. Pour certains, le partage de ces données privées n’est pas prêt d’arriver. Dieu merci, les autorités veillent pense-t-on. Pourtant, de récents développements dans le domaine des technologies, de la publicité et de la politique suisse risquent de bousculer ce préjugé. En effet, depuis le 1er février, Swisscom a commencé à utiliser les données privées qui générées par l’usage de l’ordiviseur de ses clients sans obtenir leur consentement préalable, et il les a revendues à Admeira (ex-Publisuisse), l’agence publicitaire créée récemment par Ringier, la SSR et… Swisscom. Certaines élus locaux collaborent déjà avec Swisscom dans le cadre de projet qui exploite les données privées des clients de Swisscom.

En 2015, la municipalité de Pully a ainsi créé un Observatoire de la mobilité qui utilise directement les données de la téléphonie fournies par Swisscom, qui a accès aux données de 98 % des propriétaires d’ordiphones en Suisse, celles de leurs clients et celles des autres opérateurs, car ceux-ci utilisent en grande partie l’infrastructure de télécommunication de Swisscom. Grâce à un outil informatique, Swisscom peut suivre en temps réel le flux des déplacements de ses usagers, comme on peut le voir sur la vidéo ci-dessous. L’enregistrement est centré sur la métropole zurichoise, mais les données sont très précises (quelques mètres).

Sur le papier, le projet pulliéran est sans défaut et à première vue, on pourrait même nous accuser d’être hors-sujet. La Municipalité propose une approche novatrice. Elle veut relever les défis d’urbanisation et de mobilité du futur. Grâce à la collaboration avec Swisscom, il est  possible de déterminer la fréquentation  et  les  pôles  d’attractions de la  Ville de Pully et d’améliorer la qualité de vie de ses habitants. Qui oserait remettre en question de si bonnes intentions ?

Deux ombres obscurcissent le tableau idyllique dressé par Swisscom et  la Munipalité de Pully. Premièrement, comme la rappelé Vincent Kaufmann, directeur du Laboratoire de sociologie urbaine de l’EPFL, malgré les quelques garanties que la Loi fédérale  sur la  protection des données peuvent apportées et malgré l’anonymisation formelle des données de masse (big data) par le géant bleu, il existe plusieurs moyens d’identifier les propriétaires de ces données privées. Deuxièmement, quand on sait que les autorités de nombreuses communes invoquent les revenus engrangés grâce à la publicité contre ceux qui souhaitent la supprimer, on se demande sérieusement si les élus montreront assez de vertu lorsque la SGA leur proposera de payer pour les données privées fournies par Swisscom.

Notes   [ + ]

1. A l’étranger, l’opérateur Orange possède déjà un réseau de ce type.

Le dernier écran d’extérieur de Samsung à l’essai à Zurich

Le 2 février à Zurich, la SGA a installé en exclusivité européenne le nouvel écran d’extérieur « OH85F », développé par Samsung. Dans son communiqué de presse, l’agence publicitaire présente les arguments de vente de l’écran de 85 pouces.  Le verre « résiste au vandalisme » et le film anti-graffiti facilite « le nettoyage ». L’appareil peut être utilisés sans boîtier spécial à des températures extrêmes, allant de -30 °C à +50 °C.

(source : SGA)

Grâce à sa luminosité, l’écran peut être lu même s’il se trouve en plein soleil. Michel Schauenberg, en charge de la promotion des ventes des écrans est enthousiaste : « Nous sommes particulièrement heureux de pouvoir présenter notre nouveau produit révolutionnaire à un arrêt de train, avec des partenaires aussi compétents que la SGA, Kilchenmann et chemins de fers zurichois. » Étrangement, nie le communiqué de la SGA, les déclarations des différentes personnes concernées ne font allusion à la consommation d’énergie de ce nouvel écran. Avec une plage de 680 à 1800 kilowattheure, sa consommation correspond à celle d’un ménage d’une personne à deux personnes. Voilà un argumentant de vente qui risque de donner du grain à moudre aux résistants du vandalisme publicitaire.

Les Transports publics genevois désormais en charge de la publicité des TL

Depuis le 17 octobre 2016, TPG Publicité, la régie publicitaire des TPG en charge de l’affichage dans les Transports publics genevois est devenue TP Publicité. Ce choix fait suite à une décision d’adjudication prise au mois de juillet aux dépends du candidat sortant SGA Traffic, lui-même une entité de la régie publicitaire SGA.[1] A l’époque, l’information est passée presque inaperçue. Peu d’articles ont paru à ce sujet. L’un d’entre eux est celui de la Tribune de Genève du 22 décembre 2016. Durant les trois ans qu’ont duré les négociations entre les TPG et les TL, la presse et les élus ont échoué à informer le public TPG Publicité a signé un contrat d’affichage avec les Transports lausannois (TL). Proposant leurs prestations au-delà des frontières cantonales, le TPG Publicité a décidé de laisser tomber le « G » de son nom.

Depuis le 1er janvier, TP Publicité s’occupe donc de la commercialisation des espaces publicitaires de 250 véhicules lausannois, pour des recettes annuelles escomptées de 4 millions de francs.[2]En 2016, le chiffre d’affaires de TPG Publicité se montait à 9 millions de francs. Grâce à ce contrat remporté face au candidat sortant SGA Traffic TP Publicité s’annonce comme un acteur montant du marché de la publicité dans les transports.

Notes   [ + ]

1. A l’époque, l’information est passée presque inaperçue. Peu d’articles ont paru à ce sujet. L’un d’entre eux est celui de la Tribune de Genève du 22 décembre 2016. Durant les trois ans qu’ont duré les négociations entre les TPG et les TL, la presse et les élus ont échoué à informer le public
2. En 2016, le chiffre d’affaires de TPG Publicité se montait à 9 millions de francs.

Le genre de la femme-objet est l’Homme-objet

Dans une récente interpellation au Conseil municipal de Lausanne, Romain Felli posait une question à la Municipalité. A qui les habitants doivent-ils annoncer les problèmes d’insalubrité urbaine ? Deux canaux permettent de signaler des poubelles qui débordent, un trottoir endommagé ou une horloge déréglée, a répondu la Municipalité. Il suffit d’écrire à info@lausanne.ch ou d’appeler le 021 315 11 11.

Que les habitants dorment tranquilles : la vigilance de Municipalité ne se limite pas à la santé du territoire urbain. Favorable à l’égalité de considération entre toutes les variantes du spectre sexuel, les élus viennent de publier un rapport d’enquête sur le harcèlement de rue à Lausanne. Les conclusions sont inquiétantes. Le harcèlement de rue est bel et bien une réalité de la métropole. Sa fréquence surprendra plus d’un lecteur. La moitié des victimes interrogées a été harcelée plus d’une fois par mois. Dans la plupart des cas (88 %), le harcèlement prend la forme d’un sifflement. Il a lieu la nuit (77 %) et dans la rue ou un parc (46 %). Naturellement, la très grande majorité des victimes sondées a déclarée qu’il fallait dénoncer les harceleurs. La situation est grave.

Elle nous semble même plus grave qu’il n’y paraît, car dans son sens large, le harcèlement de rue sévit de jour comme de nuit. Il est prémédité, organisé, institutionnalisé, documenté, rémunéré et bénéficie de la complicité de la Municipalité en toute impunité. Ce harcèlement de rue procède de la même logique que celui qui agresse les femmes. Son auteur va parfois jusqu’à vous surveiller, avant de vous imposer sa présence en vous sifflant notamment. Il s’autorise à attirer votre regard et extorquer votre attention afin de marteler un message, un ordre qui exige votre adhésion à son projet. La violence de son action occulte votre autonomie. Commis quotidiennement dans plus de 1 200 lieux de passage de la métropole,  son geste conquérant vous métamorphose en instrument de son désir lucratif. Aliéné, à ses yeux vous n’êtes plus que le moyen d’obtenir quelque chose, quelque chose par le truchement duquel il obtient davantage de moyens. Abracadabra ! vous voilà une ressource, exploitable et exploitée. Son projet ? vous assujettir au marché, quitte à forcer l’échange. C’est par cet enchaînement de ruses et de violence que les maîtres d’œuvre du système publicitaire nous amènent à une monstrueuse conclusion : dans les rues lausannoises, le genre de la femme-objet est l’Homme-objet.

Interpellons à notre tour. A qui doit-on s’adresser ?

La France interdit à Jcdecaux de surveiller le téléphone des passants

Nous savions déjà que depuis 2015, la SGA et Jcdecaux développaient ensemble un nouveau type de procédé publicitaire extérieur capable de détecter, d’enregistrer et de transmettre le regard des passants. Après deux ans de dispute, en France, le pouvoir judiciaire vient d’interdire à Jcdecaux de surveiller les téléphones portables des passants. Cette décision de justice rassure certainement nos amis Français, mais elle nous inquiète, car Jcdecaux possède 30 % de la SGA. Depuis 2015, la SGA et Jcdecaux développent des procédés publicitaires ayant été interdits en France, que se passe-t-il en Suisse ? Ni les élus, ni la presse ne semble enquêter sérieusement sur ces pratiques.

Düsseldorf : le métro gratuit « grâce » à la publicité

Qui a dit que votre regard n’était pas à vendre ? A Düsseldorf vous pouvez régler votre billet de transport en regardant huitante secondes de publicité. En Suisse, vous pouvez payer un pseudo-journal en acceptant de le regarder…

Approfondir : Thibault Prévost, « À Düsseldorf, vous pouvez payer le métro en regardant des pubs », Konbini, 2016.