Archives de catégorie : route et déplacements

Revue de presse (10 au 19 avril)

La  publicité gagne du terrain dans plusieurs domaines de la vie quotidienne. Dans le sport d’abord, comme dans d’autres activités de la vie. Au football par exemple, alors qu’il y a encore vingt ans, le maillot, les bas et les shorts des juniors étaient rarement colonisés par les annonceurs, à présent les mômes se métamorphosent en hommes et en femmes sandwichs à chaque entraînement et à chaque rencontre, non seulement sur les terrains mais sur les trajets qui les y mènent. Bien souvent, les joueurs d’un club ne se partagent  quelques jeux de maillots durant plusieurs années ; chaque joueur « reçoit gratuitement » ou contre une somme « dérisoire » un équipement complet chaque saison : maillot de match, maillot d’entraînement, chaussettes, short, survêtement et sac de sport.

L’humour subit aussi les assauts de la publicité. Christine Berrou, qui offrait encore un poème à Bernard Lavilliers il y a deux ans, poème faisait allusion à Léo Ferréexplique aujourd’hui aux étudiants SAWI comment séduire les consommateurs grâce à l’humour. Un savoir-faire manipulatoire que les futurs publicistes mettront à profit à l’occasion d’un spectacle qui aura lieu les 28 et 29 juin au Centre pluriculturel et social d’Ouchy. On est surpris d’apprendre par le site officiel des pédagogues de ces graines de champions mercatiques que Thomas Wiesel et Marina Rollman parraineraient l’événement. Deux humoristes qui vivent du rire, mais qui s’en sont souvent servis pour révéler au public les maux de notre société, alors que la publicité, elle, amuse pour désinformer. Le cheval de bataille de Marina Rollman, le féminisme, on le sait, joue un rôle prépondérant dans un certain nombre de ses productions. Il y a quelques jours encore, la jeune artiste tournait en dérision les clichés misogynes devant les rédactrices du journal le Temps. De son côté,  l’année passée, au Forum des 100, Thomas Wiesel avait planté sa langue dans la plaie en révélant la porte au-nez auquel Tidjane Thiam avait recouru à peine une année après sa nomination au poste de directeur du Crédit suisse. L’humoriste anti-UDC avait aussi saisi cette occasion pour dénoncer l’hypocrisie du gouvernement fédéral qui vante ses bons offices et propage l’image d’une Suisse humanitaire à qui veut l’entendre, mais qui ne défend pas moins bec et ongles la vente d’armes à l’Arabie saoudite.

Le système publicitaire des CFF attaque 12 millions de personnes par semaine. Il réunit les individus en mal de grands espaces autour d’une mise en scène qui dénature la sincérité des récits de voyage et les condamne à se confiner dans un espace de vie emmuré par passivité et le truchement des médias de masse.

En 2016, la Suisse a exporté  536 millions de cigarettes. C’est presque autant que les exportations de fromage (578 millions). Or, la cigarette n’a jamais autant tué qu’aujourd’hui.  A cela vient s’ajouter que la Suisse est un cancre en matière de législation sur la publicité pour le tabac. Est-ce étonnant dans un pays où l’industrie du tabac exercent une pression considérable sur les pouvoirs publics et la société civile dans au moins quatre cantons, le canton du Jura avec la famille Burrus puis Philipp Morris, le canton de Neuchâtel avec Philipp Morris, le canton de Vaud avec British american tobacco (BAT), China national tobacco et Japan tobacco  et la canton de Genève avec Japan tobacco ? Ensemble, ces quatre entreprises détiennent 80 % du marché de la cigarette.

Excursion publicitaire à Berne

Le système publicitaire suisse n’épargne pas la ville fédérale, comme on peut le voir sur ces quelques clichés pris entre la gare et l’arrêt Aegertenstrasse de la ligne de bus no 19. Plusieurs grands panneaux d’affichage électroniques et une bannière royale dominent le hall principal de la gare ferroviaire. Le site est plus grand que celui de lausanne et les couloirs sont plus vastes. Les grandes artères sont séparées une paroi de panneaux d’affichages de la Société générale d’affichage (SGA). Des panneaux d’affichage, des procédés rétro-éclairés et des vitrines bordent chacune des deux allées. Dehors, une immense aubette vitrée recouvre la place de la gare (Bahnhofplatz), où se trouvent plusieurs constructions rouges de la SGA, des murets placardés d’affiches publicitaires, une cage d’ascenseur et une cage d’escalier. Comme à Lausanne, les arrêts de bus et de tramway sont équipés d’aubettes et d’affiches publicitaires. Seulement, certains des panneaux appartiennent à Clear Channel, qui a réussi à obtenir une partie du marché aux dépends de la SGA, contrairement à Lausanne. Hélas, cette diversité toute relative ne semble par avoir d’effet sur le contenu des messages ni sur la démographie des réclames. L’intérieur des bus de la ligne 19 ressemble grosso modo à celui des transports lausannois, hormis l’autocollant qui tapisse le plancher et qui rappelle la malheureuse campagne de l’opérateur Sunrise. D’ingénieuses petites pancartes jouent à la balançoire au gré des accélérations et des décélérations. Quelques autocollants translucides freinent la progression des rayons de soleil et tentent de détourner l’attention des passagers qui regardent des mômes s’amuser sur le tapis de jets d’eau qui recouvre la Place fédérale (Bundesplatz).

Le danger des élections cantonales 2017

« Les réclames et autres annonces qui pourraient créer une confusion avec les signaux et les marques ou compromettre d’une autre manière la sécurité de la circulation, par exemple en détournant l’attention des usagers de la route, sont interdites sur les routes ouvertes aux véhicules automobiles ou aux cycles, ainsi qu’à leurs abords. »
Article 6 de la Loi fédérale sur la circulation routière (LCR)

Dans la section « Dangers » de notre site, nous avons montré comment les procédés de réclame, quelque soit leur contenu, créent une confusion avec les signaux et les marques des voies de communication et comment ils compromettent la sécurité de la circulation des piétons, des automobiles et des cycles.

La campagne pour les élections cantonales du 30 avril nous donnent l’occasion d’étendre nos critiques aux procédés de réclame politique placardés par les partis, toutes couleurs confondues, comme on peut le constater sur les photographies ci-dessous. Les campagnes électorales, pas plus que les autres actions de publicité, ne devraient mettre en danger les usagers des voies de communication. Tous les partis et toutes les communes sont pourtant au courant de la législation, puisqu’ils reçoivent chaque année un « guide pour un affichage politique respectueux de la sécurité routière »  depuis 2015. Le document est même visible sur la page d’accueil des élections cantonales de cette année. Les communes tolèrent plus ou moins ce qu’elles appellent souvent « l’affichage sauvage ». [1]Pourtant, comme on peut le voir sur certaines de ces photographies, plusieurs affiches politiques ne font pas partie de la catégorie « sauvage » puisqu’il s’agit d’affiche de la SGA. Le danger existe donc indépendamment des campagnes électorales. La plupart des groupes d’intérêts, la presse et les directions des établissements scolaires s’en moquent. La police et la gendarmerie eux ferment les yeux.[2]Alors pourtant qu’elles invitent les usagers de la route à rester attentif à travers plusieurs campagnes de sensibilisation. Par exemple, http://www.apol.ch/N1060/chercher-le-regard.html, http://www.apol.ch/N1081/feux-allumes.html, http://www.apol.ch/N1206/garde-les-yeux-sur-la-route.html.

Notes   [ + ]

1. Pourtant, comme on peut le voir sur certaines de ces photographies, plusieurs affiches politiques ne font pas partie de la catégorie « sauvage » puisqu’il s’agit d’affiche de la SGA. Le danger existe donc indépendamment des campagnes électorales.
2. Alors pourtant qu’elles invitent les usagers de la route à rester attentif à travers plusieurs campagnes de sensibilisation. Par exemple, http://www.apol.ch/N1060/chercher-le-regard.html, http://www.apol.ch/N1081/feux-allumes.html, http://www.apol.ch/N1206/garde-les-yeux-sur-la-route.html.

La publicité commerciale à la rescousse du délitement social

Il y a une trentaine d’années, des publicitaires ont eu une idée brillante, mettre « gratuitement » des véhicules à disposition d’associations, de communes. Gratuitement ? Pas tout-à-fait. Les usagers du véhicule se chargent de faire le plein, d’en prendre bien soin et, surtout, de le conduire, que les annonceurs étendent la publicité de leur enseigne autant que possible.

Fortuna publicité SA fait partie des entreprises qui ne vivent que de ce type d’activités, grâce à un réseau d’associations et de communes dont font partie Pully, Lutry, Nyon, Val-de-Travers, Sion, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et l’Association d’Entraide familiale et accueil de jour des enfants du Gros-de-Vaud et environs.

Comme la Fondation BVA, Fortuna publicité SA se fait une fierté de proposer ses services aux associations caritatives et aux communes et de participer au bien commun, comblant ainsi le vide indigne laissé par la société civile et l’État, photographies à l’appui !

 

La SGA dégage 70,5 millions de francs de bénéfices en 2016

SGA propriété de Jcdecaux à hauteur de 30 % du capital, a fait bondir son bénéfice net de près d’un tiers en 2016. Il s’élève à 70,5 millions de francs. Les recettes en Suisse ont augmenté de 0,4% : 303,4 millions. En Serbie, où la SGA colonise aussi du territoire, les actifs de l’entreprise ont progressé de 10,7% à 11,9 millions de francs. Elle y opère  sous le nom d’Alma Quattro et elle est en situation de quasi monopole (ats, 28 février 2017).

Les algorithmes et la publicité

Résumé d’une table ronde enregistrée à la Sorbonne dans le cadre du forum « L’année vue par les sciences », le 25 février 2017. Cette session, retransmise sur les ondes de France culture, s’articule autour de la question « le numérique fait-il de nous des numéros ? », mais le système publicitaire y est discuté à plusieurs reprises.

Dans un premier temps, les intervenants rappellent que nos sociétés générèrent des masses énormes de données que nous ne pouvons pas traiter seul. Nous recourrons donc aux algorithmes, des méthodes de calcul, qui transforment ces données en information utilisable de manière pratique. Or, l’usage des algorithmes à une seconde conséquence moins positive. En utilisant les algorithmes, on abandonne la rationalité qui liait les phénomènes à leurs causes, pour glisser vers une pseudo-rationalité purement statistique et inductive, qui observe des corrélations au sein des masses énormes de données.

C’est à dire qu’on utilise des algorithmes prédictifs qui vont établir des corrélations et on va utiliser ces corrélations pour faire de la prédiction et on va utiliser la prédiction pour proposer des publicités qui correspondent à votre profile par exemple. C’est ce qu’on appelle le profilage.

Le phénomène est ancien et il est lié au fait de rémunérer du contenu à l’audience. C’est typiquement ce que fait la publicité. Par exemple, les chaînes de télévision cherchent à montrer au téléspectateur ce qui le frappe. Pas nécessairement ce qui lui plaît. On ne souhaite pas toujours regarder tel épisode violent ou superficiel dans les journaux ou dans les publicités, mais il arrive qu’on le regarde quand-même. L’homme est faible de ce point de vue et les publicitaires abusent de cette faiblesse, parce qu’ils peuvent en dégager un profit.

La relation entre algorithmique et publicité est coupable selon trois volets. Le revenu publicitaire qui cherche à faire de l’audience ; les entreprises hyper-centralisées sur les réseaux (Facebook, Twitter) ; le fait que ces entreprises détiennent de nombreuses données sur vous. Plutôt que de vous présenter du contenu tel qu’il vient et qui peut vous plaire ou pas, les éditeurs de contenu ne vous présentent que ce qui est susceptible de vous plaire, plutôt frapper votre esprit, pour que vous restiez à regarder soit parce que ça vous procure du réconfort, soit parce que vous trouvez ça scandaleux. Cette logique vous enferme dans une bulle contrôlée par la statistique et la surveillance.

Notre société est dite d’information, car nous la plupart des personnes peuvent accéder à l’information directement, seuls. Ne gagnant pas assez d’argent en proposant de l’information aux individus, les médias et les plates-formes en ligne préfèrent s’informer sur les individus pour les proposer comme des ressources aux annonceurs. Mais un individus n’est une ressource exploitable que s’il est attentif. Aussi, les entreprises se disputent non pas pour nous fournir une information susceptible de vraiment nous intéresser, mais pour nous présenter une information capable d’attirer notre attention, ce qui est problématique, puisque elle nous distrait des vrais enjeux de société.

En outre, les gens se rendent de plus en plus compte qu’ils font l’objet d’une surveillance continue. Cette conscience d’être surveillé induit des changements intimes dans la façon de penser. On s’interdit certains schémas de pensée — au cas où. Certains publicitaires s’en sont aperçus. Lorsque la publicité est trop ciblée, trop personnalisée, on clique moins volontiers dessus, parce qu’on la trouve douteuse. Alors on nous propose des publicités en partie ciblées et présentant aussi une partie dont le contenu n’est pas ciblé, à dessein, pour nous faire oublier la partie ciblée. Les publicitaires nous administrent ainsi un contenu dont l’élément toxique est dilué pour qu’on ne s’aperçoive pas qu’on ingère du poison. Le poison cependant est bien présent, il est juste invisible.  Benjamin Bayart propose de s’attaquer à cette toxicité par un geste politique qui consisterait en premier à reprendre le pouvoir sur les grandes plates-formes en ligne en les interdisant. Antoinette Rouvroy de son côté propose d’obliger les grands acteurs des données de masses à ne pas conserver les données de sorte à ce qu’ils ne puissent pas exercer le pouvoir monopolistique que cette possession leurs permet aujourd’hui.

Neo Advertising nommé nouveau censeur de la publicité à Genève

Depuis 2012, la ville de Genève contrôlait les affiches publicitaires visibles sur son territoire par le biais d’une Commission de censure (le Courrier du 2 mars). De récentes controverse ont éclaté à cause de l’opacité des décisions de la commission. A plusieurs reprises le Préposé cantonal à la Protection des données et à la Transparence a demandé à la commission de rendre son fonctionnement et ses critères de censure publics, sans succès. L’organe exécutif genevois, le Conseil administratif a décidé de dissoudre la Commission de censure, parce que son activité faisait passer la Ville pour une autorité de censure ce qui donnait une mauvaise image auprès du public. Le Conseil administratif a confié n’a pas tout à fait éliminé la censure puisqu’il l’a en fait confié à un tiers, l’entreprise privée Neo Advertising, qui après la SGA, est aussi le nouveau diffuseur publicitaire de la Ville. La justification de cette décision laisse perplexe. Si l’image de la Ville était devenue mauvaise, n’est-ce pas moins dû à la censure qu’à son opacité. N’aurait-il pas suffit de révéler au public comment la Commission de censure prenait ses décisions ? La dissolution de la Commission n’a pas supprimé la censure, elle l’a confiée à l’entreprise privée qui diffuse la publicité qu’elle doit juger. Rien ne garantie que Neo Advertising, une entreprise qui ne publie presque aucune information à son sujet, fasse preuve de plus de transparence dans ce domaine, sans même parler d’efficacité.

Migros en faveur du barbouillage des affiches publicitaires

En octobre 2016, Migros était condamnée pour publicité mensongère alors qu’un mois plus tôt, la Municipalité de Fribourg sommait Coop de retirer des publicités illégales en vieille ville de Fribourg. A présent, Migros fait de la surenchère avec une nouvelle campagne qui invite à les passants à s’approprier les dispositifs publicitaires de la SGA. En cherchant à interagir avec les gens par un message ambiguë, Migros prend des risques. Sachant que l’immense majorité des gens ne savent pas comment ces dispositifs sont arrivés sur les trottoirs, quel est leur propriétaire et que les instigateurs de cette campagne sont dotés d’un goût prononcé pour le deuxième degré, on risque de retrouver les affiches recouvertes de toutes sortes de « souvenirs » un de ces jours. Migros devra alors prendre ses responsabilités et participer au paiement de la facture.