Archives mensuelles : janvier 2017

La campagne d’auto-promotion de la CSL : cinq mois de dangereuse contradiction

La campagne d’auto-promotion de la Commission suisse pour la Loyauté (CSL) n’en finit pas. Lancée en septembre 2016 à l’occasion de son jubilé, elle continue de diffuser son message aux dépends des usagers de l’espace public, comme sur cette photographie, par le biais d’un dispositif de la Société générale d’affichage (SGA) installé devant un passage piéton à la Place Chauderon à Lausanne.

Dans cette commune comme dans d’autres, la sécurité des piétons est garantie par la législation et son application par les pouvoirs publics. Si le fourgon qui est stationné devant le passage piéton est en infraction et qu’une amende d’ordre se trouve sur son pare-brise, c’est justement parce que le véhicule nuit à la visibilité et qu’un officier de police a fait appliquer la loi [1]L’Ordonnance sur les amendes d’ordre, elle-même basée sur l’Ordonnance sur les règles de la circulation routière, en particulier l’article 18.. Pourquoi l’agent de police n’a-t-il pas sanctionné la CSL et la SGA alors que le procédé de réclame occupe un espace caractérisé par un danger similaire pour le piéton ? Cette politique du deux poids deux mesures provient-elle d’une absence dans la législation ? Pas tout à fait. On sait notamment que des règlements  sur les procédés de réclame ont été mis en place par les pouvoirs publics dans le but de garantir la sécurité de la circulation routière et celle des piétons (art. 1). Or, trop souvent, ces règlements ne sont ni appliqués par les autorités, ni respectés par la SGA. Mais les autorités et la SGA ne sont pas les seuls responsables des incidents et des accidents provoqués par les procédés de réclame installés sur les voies de circulation. Tout annonceur, la CSL plus que d’autres, en tant que mandataire, devrait s’assurer que leur publicité ne soit pas source de danger pour autrui.

Notes   [ + ]

Les excès du laissez-faire sur le marché de l’attention

Sur mandat de la Municipalité de Lausanne, la Société générale d’affichage (SGA) a installé une brochette de panneaux publicitaires le long du trottoir qui jouxte l’immeuble de la Place Chauderon 16. Ce n’est pas sans poser quelques problèmes.

En installant des procédés de réclame sur le trottoir, il se retrouve partiellement dépouillé de sa qualité d’espace public. Il devient une marchandise que les différents acteurs du marché peuvent se disputer. Mais ce n’est pas tout ; les procédés de réclame de la SGA entrent en concurrence avec ceux de l’espace privé, ceux de l’immeuble de la Place Chauderon 16. Le laissez-faire de la Municipalité de Lausanne en matière de marché de l’attention aboutit à une prolifération de la publicité dans l’espace public, mais aussi dans l’espace privé, car les acteurs privés réagissent à l’apparition de publicité concurrentielle à proximité de leur espace par une surenchère. Par le jeu de la concurrence, il s’établit aussi une hiérarchie du contrôle de l’attention. Le conducteur de voiture qui passe au niveau de la place Chauderon 16 regarde d’abord les procédés de réclame de la SGA qui se trouvent sur le trottoir, puis, peut-être, ceux qui sont installés sur la façade de l’immeuble. Cette hiérarchie, susceptible de changer tant que dure le laissez-faire de la Municipalité, met à jour un marché de l’attention, avec sa conjoncture, ses crises, ses techniques et ses abus. Dans ce cas précis, en plus de la marchandisation de l’espace public, de la prolifération de la publicité et de la concurrence (déloyale diraient les partisans du néo-libéralisme) à l’entreprise privée soutenue par les pouvoirs publics, les abus prennent la forme d’un danger physique pour les usagers de la route. Car la compétition pour l’attention des automobilistes, des piétons, des passagers des transports en commun et celle des conducteurs des bus, ne peut que se faire qu’au dépend de l’attention que chacun devrait porter au trafic à cette intersection.

Intoxication publicitaire à la rue des Terreaux

Depuis 2009, de plus en plus de commerces installent des bannières textiles verticales devant les façades. En saillis, ces procédés de réclame occupe davantage d’espace que ceux qui n’apparaissent que lorsque l’observateur se tient en face du commerce. Souvent, les bannières ne remplacent pas les procédés de réclame déjà existant. Une accumulation publicitaire de ce type peut être observée à la rue des Terreaux 10 à Lausanne, où la façade d’une succursale de la chaîne Holycow (La Vache !) est dotée de deux bannières verticales en saillies, d’une enseigne horizontale et d’un procédé de réclame autocollant sur la vitrine. Pour des raisons éthiques, Holycow s’approvisionne auprès de producteurs suisses. Il ferait bien de proposer moins de publicité dans leurs menus.

Arabesque publicitaire au nom du Prix de Lausanne

Il y a quelques jours, la Municipalité de Lausanne a agrémenté le manteau du Grand-Pont d’une vingtaine de panneaux publicitaires, qui réclament l’attention des usagers au nom du Prix de Lausanne. De format F12 — un format de taille considérable — ces installations qu’on présume provisoires s’ajoutent aux nombreuses barres de pavoisement qui équipent déjà l’édifice. Posé à même le trottoir, chacun des panneaux n’est attaché à la rambarde que par deux minuscules fils de fer. On est surpris qu’aucun accident n’ait encore été à déplorer, d’autant plus que les procédés de réclame sont interdits sur les ponts [1]Selon l’article 12 du Règlement sur les procédés de réclame de la Ville de Lausanne.

 

Notes   [ + ]

1. Selon l’article 12 du Règlement sur les procédés de réclame de la Ville de Lausanne

Trois initiatives contre la publicité

En novembre passé, selon une source proche des jeunes socialistes vaudois, le parti estimait nécessaire d’alerter la population et de mobiliser les différentes forces de l’échiquier politique contre les dangers de la publicité à Lausanne. Au vu de l’urgence de la situation, les instigateurs avaient l’intention de mener des actions aux niveaux communal et cantonal avant la fin de l’année 2016.

A notre connaissance, jusqu’à présent, aucune action contre la publicité n’a été menée par les jeunes socialistes vaudois. En revanche, François Clément (Parti socialiste) a déposé une motion au Grand conseil vaudois le 13 décembre : Alcool, publicités et santé (16_MOT_099).

A Lausanne, chacun de leur côté, Vincent Rossi (Verts) et Céline Misiego (Ensemble à gauche), inspirés par « la semaine d’affichage libre » qu’a vécu Genève en début d’année, ont déposé un postulat visant à introduire des périodes régulières sans affichage publicitaire (« semaine blanche ») dans le domaine public. L’argumentaire et les objectifs des deux postulats diffèrent cependant. Là où selon Rossi, il s’agit surtout d’endiguer le consumérisme, Misiego considère qu’une mesure de ce type permettrait, d’une part, d’augmenter les moyens d’expression artistique des habitants et, d’autre part, de ralentir le martèlement publicitaire. Le champ de la demande de Misiego est plus étendu. Le caractère général de sa formulation laisse supposer que la semaine d’affichage libre permettrait de s’attaquer à plusieurs des dangers du système publicitaire. On se réjouit de voir que des élus évoquent un problème considérable de notre société. Cependant, sans doute élaborés dans l’urgence, les deux postulats pêchent par la timidité de leurs exigences et une argumentation si peu serrée, qu’elle semble trahir le manque de maîtrise des deux conseillers communaux quant à ce sujet.

 

La ville de Genève expérimente la libération de l’espace public malgré elle

A Genève, les premiers jours de l’année 2017 ont vu la quasi totalité des affiches publicitaires de l’espace publique se parer de blanc et cette fois ci les anti-pub n’y sont pour rien! Étonnamment c’est à la société générale d’affichage (SGA) elle-même qu’on doit ce répit inattendu [1]. Cette dernière a perdu sa concession au profit d’une autre société (Neo Advertising SA) et visiblement la transition ne s’est pas faite sans vagues.

Les paris sont ouvert quant aux raisons qui ont poussé la SGA à ce coup d’éclat, au risque de tendre une perche inespérée aux voix critiques. Comme celle du Réseau d’objection de croissance Genève (ROC-GE) qui à présenté vendredi dernier son projet d’initiative municipale « pour une ville sans publicité commerciale dans l’espace public » [2]. Ou encore celles, plus consensuelles, qui évoquent l’idée d’une trêve annuelle [3].

Ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas fallu longtemps pour que la population se réapproprie l’espace ainsi libéré et prouve, s’il le fallait, qu’une ville sans pub n’est pas une ville triste, loin s’en faut. Nos ami-e-s du Flip à Genève nous ont envoyé quelques clichés des œuvres d’art et autres traits d’esprit qui ont remplacé l’espace de quelques jours les sirènes de la consommation.

Si la publicité a depuis réinvesti l’espace public, gageons que cet épisode apportera de l’eau à nos moulins lors des débats à venir autour de l’emprise de la publicité sur nos vies et nos imaginaires.

Plus d’images ici (site de la Tribune de Genève)

8 février 19 h → stamm à Pôle Sud

Date : 8 février 2017 à 19 heures

Durée : environ 1 h 30 – 2 heures

Description : Le stamm du Clip est un espace de rencontre convivial, qui a lieu le  deuxième mercredi du mois. Il est gratuit et ouvert à tous. Oui, tous, publicurieux, publicides, publiphobes, publisceptiques, publilogistes et même les publiphiles. On y discute du système publicitaire autour d’un verre, d’un plat de houmous ou d’un morceau de pain…

Programme : un exposé sur les effets de la publicité sur les jeunes, puis une discussion sur les actions à mener lors de la journée internationale de lutte contre la publicité, qui aura lieu le 25 mars.

Lieu : Pôle Sud, avenue Jean-Jacques Mercier 3, 1003 Lausanne, 1er étage.


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« L’autorégulation, ça ne marche qu’avec les bons élèves »

De l’avis de Mathieu Fleury, secrétaire général de la Fédération Romande des Consommateurs (Matin Dimanche du 11 décembre 2016) : « L’autorégulation ne marche qu’avec les bons élèves ».

Nous ne pouvons qu’abonder dans son sens !

Sachant que la FRC est elle-même membre d’une institution (CSL) qui pratique l’autorégulation, on peut imaginer que son affirmation est le fruit de cette expérience.  Ce propos, bien qu’il aie été recueilli dans un autre contexte, apparaît comme le constat d’une défaite et devrait pousser le successeur de Monsieur Fleury à se questionner.

Les trois Chambres constituant la CSL (Commission Suisse pour la Loyauté en matière de publicité) sont-elles toutes représentées par de bons élèves ? Il est permis d’en douter.

Cette institution, soit disant neutre et indépendante, s’est donnée pour but de garantir l’autocontrôle en matière de publicité.  Elle est composée de trois Chambres:

  • des représentants des consommatrices et des consommateurs dont la FRC
  • des prestataires de médias (bien sûr, qu’ils sont neutres !)
  • des publicitaires (puisqu’on vous dit qu’ils sont neutres et indépendants !)

En fin de compte, l’existence de la CSL ne fait que justifier l’absence de législation en matière publicitaire en vantant une « autodiscipline » et en nous faisant croire que le domaine publicitaire est sous contrôle, sous prétexte que l’on peut porter plainte si jamais il y avait abus. A ce sujet, pour ceux qui n’étaient pas totalement découragé de porter plainte lorsqu’ils se trouvaient face au formulaire à remplir, la CSL s’est chargé d’introduire une taxe, histoire de vous dissuader définitivement…

De plus, il faut savoir que la Commission Suisse pour la Loyauté ne prononce aucun arrêt exécutoire par l’État. Elle édicte des recommandations ayant pour but qu’à l’avenir, les publicitaires (les « bons » élèves, donc) les appliquent et qu’ils puissent ainsi éviter des risques juridiques de plaintes ou de procédures pénales devant les pouvoirs publics.

Cela ne vous rappelle-t-il pas cette « bande d’élèves » qui se faisait bien voir devant les enseignants pour éviter les punitions , mais outrepassait toutes les limites une fois dans la cour de récréation ? Jusqu’à quand la FRC va-t-elle continuer à les couvrir par le biais de la CSL ?